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L'immunité à fleur de peau

Chez les truites, certains gènes favorisent la présence de bactéries cutanées qui protègent leur hôte contre les infections

Par : Jean Hamann
Plusieurs centaines d'espèces bactériennes vivent dans le mucus cutané de la truite. Certaines se livrent une lutte féroce pour faire leur place dans ce milieu.
Plusieurs centaines d'espèces bactériennes vivent dans le mucus cutané de la truite. Certaines se livrent une lutte féroce pour faire leur place dans ce milieu.
La microflore qui vit sur la peau des truites est partiellement déterminée par leur génome. Plus encore, certains gènes sont associés à la présence de bactéries qui les protègent contre les infections. C'est ce que révèle une étude publiée dans PLOS ONE par Sébastien Boutin, Christopher Sauvage, Louis Bernatchez et Nicolas Derome, du Département de biologie et de l'IBIS, et Céline Audet, de l'UQAR.

Les chercheurs ont étudié la flore bactérienne vivant dans le mucus cutané de 86 truites mouchetées issues d'une même lignée génétique et élevées dans les mêmes conditions. En dépit de ces similarités, les chercheurs ont observé une grande variabilité interindividuelle dans la flore microbienne de leur peau. Le nombre d'espèces et de genres observés allait de 50 à 2000 chez ces truites. «Des caractéristiques propres à chaque truite semblent donc en cause», avance le responsable de l'étude, Nicolas Derome.

La plus grande partie de cette variabilité est attribuable à deux bactéries, une bénéfique, M. rhodesianum, et une pathogène, F. psychrophilum. «Leur abondance est inversement corrélée, ce qui suggère qu'elles sont en compétition dans cette niche écologique», précise le chercheur. F. psychrophilum provoque la maladie de l'eau froide, une infection cutanée qui touche surtout les poissons élevés en captivité. L'infection, qui peut être mortelle, survient lorsque la température de l'eau descend sous les 10 degrés Celsius, que la concentration d'oxygène dissous diminue et que la quantité de matière organique en suspension est élevée. «Lorsque des stress physiologiques de la sorte surviennent, les conditions qui existent dans le mucus sont perturbées et l'équilibre qui existait entre les bactéries résidentes est rompu. Les bactéries pathogènes en profitent pour prendre le dessus», précise le professeur Derome.

Les analyses génétiques effectuées par les chercheurs indiquent que la microflore cutanée des truites est partiellement déterminée par le génome des poissons. En effet, leurs résultats montrent l'existence d'un lien entre trois marqueurs génétiques et l'abondance de trois types de bactéries bénéfiques trouvées dans le mucus. Ces trois régions génétiques pourraient intervenir dans le système immunitaire des poissons.

Cette étude a plusieurs implications en pisciculture, souligne Nicolas Derome. D'abord, elle laisse entendre que le recours aux antibiotiques n'est pas la meilleure solution pour contrer une maladie infectieuse. «Ces composés éliminent des pathogènes non résistants, mais ils détruisent aussi des bactéries qui protègent les truites contre certaines infections.» Elle indique aussi qu'il serait possible de produire des lignées de truites plus résistantes à la maladie de l'eau froide en sélectionnant des géniteurs qui possèdent les marqueurs génétiques associés à la présence de bactéries qui sont en compétition avec F. psychrophilum. Cette approche comporte toutefois un important défaut: elle réduit la diversité génétique de la population. Enfin, l'étude suggère qu'il serait possible de recourir à des bactéries probiotiques déjà présentes chez une espèce de poisson pour lutter contre des bactéries pathogènes.

Ces bactéries probiotiques ne sont pas toxiques pour le poisson ni pour le consommateur. Et elles semblent efficaces. Des tests effectués par l'équipe du professeur Derome ont montré que le taux de survie d'une population de truites frappée par la maladie de l'eau froide augmentait de 86% lorsque des bactéries probiotiques isolées de la truite étaient ajoutées à l'eau du bassin.

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