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L’examen clinique des seins toujours pertinent

De nombreux cancers du sein qui passent sous le radar des techniques d’imagerie sont détectés lors de l'examen clinique par le médecin

Par : Jean Hamann
L’examen clinique des seins devrait être pratiqué sur toutes les femmes qui présentent des symptômes de cancer du sein et chez celles qui sont à risque en raison de leur l’histoire médicale personnelle ou familiale.
L’examen clinique des seins devrait être pratiqué sur toutes les femmes qui présentent des symptômes de cancer du sein et chez celles qui sont à risque en raison de leur l’histoire médicale personnelle ou familiale.
Maintenant que les médecins disposent de techniques d’imagerie, comme la mammographie et l’échographie, l’examen clinique des seins a-t-il encore sa place dans la détection des cancers du sein? Sans l'ombre d'un doute, suggère une étude publiée dans un récent numéro de la revue Current Oncology par une équipe de la Faculté de médecine et du CHU de Québec – Université Laval. Selon ces chercheurs, l’examen clinique des seins permet de détecter un pourcentage appréciable de cancers qui autrement passeraient, du moins temporairement, sous le radar médical.

Pour en faire la démonstration, l’équipe dirigée par la professeure Louise Provencher a analysé les dossiers de 6 333 femmes chez qui un premier cancer du sein avait été détecté au Centre des maladies du sein Deschênes-Fabia entre 1999 et 2010. Toutes ces patientes avaient été soumises à une mammographie et à un examen clinique des seins. À partir de 2006, les dossiers des patientes contenaient également les résultats d’échographie. Rappelons que l'examen clinique des seins est un acte médical servant à détecter par palpation la présence de masses dans le tissu mammaire ou les ganglions adjacents ou encore la présence d'ulcères, d’œdème ou d'autres anomalies pouvant être liées à un cancer du sein.

Les analyses des chercheurs indiquent que, pour l’ensemble des patientes, 8,7% des cas de cancer ont été détectés par examen clinique seulement. Même lorsque la mammographie et l’échographie avaient été pratiquées (environ 1 200 cas), 5% des cancers étaient détectés par examen clinique seulement. «Cela signifie que tous ces cancers n’auraient pas été détectés immédiatement si on avait eu recours uniquement à la mammographie ou à l’échographie, résume Louise Provencher. Ils auraient été découverts à un stade plus avancé, ce qui aurait probablement nécessité une chirurgie ou des traitements plus importants. Les cancers détectés par examen clinique seulement sont souvent plus agressifs.»

Au cours des dernières années, les autorités médicales ont exprimé des avis divergents sur la pertinence de l'examen clinique des seins. Certaines organisations, notamment la Canadian Task Force on Preventive Health Care, l’American Cancer Society et l’Organisation mondiale de la santé, ne recommandent plus cet examen comme moyen de dépistage du cancer du sein. Leur décision repose sur le fait qu’il ne réduit pas la mortalité par cancer du sein lorsqu'il est pratiqué sur l'ensemble des femmes. Cette conclusion aurait été incorrectement interprétée, croit Louise Provencher, de sorte que l’utilisation de cet examen comme outil de détection des cancers du sein est en perte de vitesse. «Nos résultats indiquent que cet examen devrait être pratiqué sur toutes les femmes qui présentent des symptômes de cancer du sein. Il pourrait également être utilisé chez les femmes qui sont à risque en raison de leur l’histoire médicale personnelle ou familiale. Aucune méthode de détection n’est parfaite et l’examen clinique des seins réduit les risques d’échapper beaucoup de cas de cancer.»

Pour que cet outil de détection soit efficace, il doit toutefois être bien maîtrisé par les médecins, souligne la professeure Provencher. «Comme cet examen est moins pratiqué en clinique et qu’il n’est plus enseigné systématiquement aux étudiants en médecine, on risque d’assister à une perte d’expertise qui pourrait faire en sorte que des cancers du sein soient découverts à des stades plus avancés.»

Les autres signataires de l’étude sont Jean-Charles Hogue, Christine Desbiens, Brigitte Poirier, Éric Poirier, Dominique Boudreau, Maryse Joyal, Caroline Diorio, Nathalie Duchesne et Jocelyne Chiquette.

Université Laval

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