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Les maux de la bouche

Les perçages buccaux entraînent leur lot de complications pour la santé

Par : Jean Hamann
Il faut se demander si ça vaut la peine de prendre de pareils risques pour suivre une mode.
Il faut se demander si ça vaut la peine de prendre de pareils risques pour suivre une mode.
Anodins comme un perçage d’oreille les perçages de la bouche? Pas si on en juge par la longue liste de complications possibles associées à cette forme «d’art corporel». Trois spécialistes de la bouche, Daniel Grenier et Elisoa Andrian, du Groupe de recherche en écologie buccale, et Léo-François Maheu-Robert, dentiste à Lourdes-de-Blanc-Sablon, ont passé en revue tous les maux que peut occasionner un simple perçage buccal. Le résultat de leur travail, publié dans une récente édition du Journal of the Canadian Dental Association, a de quoi faire peur: allergie, saignement, hémorragie, emprisonnement du bijou dans le tissu cicatriciel, lésion nerveuse, récession gingivale, abrasion dentaire, dents craquées ou fracturées, infection localisée ou systémique, maladies infectieuses. Sans oublier l’aspiration ou l’ingestion du bijou.
   
«C’est à la suggestion de notre collègue dentiste qui avait constaté bon nombre de problèmes liés aux perçages parmi sa clientèle que nous avons décidé d’écrire cet article», précise Daniel Grenier. Le pire problème, selon ce professeur de microbiologie à la Faculté de médecine dentaire? «L’infection généralisée, répond-il. Il y a des dizaines d’espèces de bactéries qui vivent dans la cavité buccale, notamment des streptocoques. Un perçage constitue une bonne voie de pénétration dans la circulation sanguine pour les millions de microorganismes de la bouche qui peuvent ensuite se loger dans des organes, notamment le coeur, s’y multiplier et causer de graves problèmes.»
   
Le professeur Grenier s’inquiète aussi des conditions hygiéniques dans lesquelles sont effectués les perçages. «Les gens qui font des perçages sont souvent tatoueurs. Ils apprennent sur le tas, ils n’ont pas de formation médicale et ils ne sont pas toujours au fait des risques qu’ils font courir à leurs clients.» Alors que les dentistes travaillent avec des instruments stérilisés et qu’ils sont tenus de faire vérifier une fois par mois le bon fonctionnement de leur stérilisateur par un organisme reconnu, comme le Laboratoire de contrôle biologique de la Faculté de médecine dentaire, les perceurs-tatoueurs n’ont pas à se plier à de telles exigences. «Certains tatoueurs font spontanément appel au service du Laboratoire pour faire vérifier leur stérilisateur, mais pas tous, c’est certain», assure Daniel Grenier.
   
En janvier 2006, l’Association dentaire canadienne (ADC) prenait position sur la question du perçage buccal, déconseillant fortement cette forme d’art corporel. À l’instar de l’ADC, Daniel Grenier et ses deux collègues invitent les dentistes «à bien informer leurs patients au sujet des risques que comportent les perçages de la bouche». Comme la connaissance des risques ne constitue pas un garde-fou suffisant pour tous, Daniel Grenier suggère de s’assurer que le perçage est exécuté dans le respect des conditions d’hygiène et que le bijou est fait d’un matériau de qualité, sinon il s’usera et le métal sera ingéré. «Il faut aussi se demander si ça vaut la peine de prendre de pareils risques pour suivre une mode, ajoute-t-il enfin. Il n’y a rien de bon qui peut en ressortir pour la santé. Si mes enfants voulaient un piercing, je ferais tout pour les décourager.»

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