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L'éprouvette Terre

La capacité d’adaptation des espèces peut-elle suivre la vitesse à laquelle surviennent les changements environnementaux provoqués par l’activité humaine?

Par : Jean Hamann
La Terre fait présentement l’objet d’une expérience biologique à grand déploiement. Changements climatiques, pollution, introduction d’espèces exotiques et autres changements environnementaux qui résultent des activités humaines se produisent à une vitesse telle que ce qui se déroulait auparavant au fil des siècles survient maintenant à l’échelle des ans. Non seulement assiste-t-on à la disparition pure et simple d’environ 1 % des espèces et de leur habitat chaque année, mais la diversité génétique des espèces existantes et leur capacité de s’adapter à de nouvelles conditions seraient minées par les pressions sélectives induites par des environnements en mutation. De là à se demander si le rythme des changements environnementaux pourrait surpasser la capacité d’adaptation des espèces, il n’y a qu’un pas que franchissent des experts de la biologie évolutive dans un numéro spécial de la revue Molecular Ecology, paru au début janvier sous la direction de Louis Bernatchez, du Département de biologie, et de son collègue, Thomas Smith, de l’University of California à Los Angeles (UCLA).
   
Cette publication, qui rassemble une quarantaine d’articles, constitue le legs scientifique d’un sommet sur les changements évolutifs dans les environnements perturbés par l’activité humaine, qui a eu lieu à UCLA en février 2007. À cette occasion, les organisateurs, dont Louis Bernatchez, avaient réuni 325 chercheurs et représentants gouvernementaux de 21 pays pour démontrer que les décisions entourant la conservation gagneraient à s’inspirer de la biologie évolutive. En général, les biologistes utilisent l’abondance et la répartition d’une espèce comme base de gestion. Depuis une quinzaine d’années, des outils génétiques qui permettent de tracer un portrait beaucoup plus complet de l’état d’une population ont fait leur apparition en recherche, mais ils tardent à prendre leur place sur le terrain.

Le cas du saumon d’élevage
Les travaux que Louis Bernatchez a menés sur le saumon atlantique avec Christian Roberge, Éric Normandeau et Helga Guderley, du Département de biologie, et leur collègue norvégien Sigurd Einum, démontrent l’utilité de pareils outils. Au Canada, les premiers programmes de sélection artificielle visant à améliorer le saumon d’élevage ont vu le jour au début des années 1980. Les stations où l’on élève ces saumons se sont multipliées sur la côte atlantique, non sans heurts. Quelque 2 millions de saumons prendraient la clé des mers chaque année et ils iraient gonfler les rangs des 4 millions de saumons sauvages de ces eaux. Faut-il s’inquiéter de cet apport massif de sang neuf dans les populations vacillantes de saumons sauvages? Oui, suggèrent les travaux menés par ces chercheurs qui ont découvert qu’il a fallu moins de huit générations de sélection pour qu’au moins 400 gènes soient exprimés de façon différente dans les deux stocks. Certains de ces gènes, sous-exprimés dans les populations d’élevage, jouent un rôle important dans le contrôle du métabolisme énergétique et de la résistance aux métaux lourds. Leur propagation dans les populations sauvages pourrait avoir de fâcheuses conséquences non seulement sur l’intégrité du patrimoine génétique de l’espèce, mais éventuellement sur l’activité économique générée par sa pêche sportive.
   
«De notre point de vue, il est clair que la biologie évolutive peut améliorer les pratiques de gestion et de conservation des espèces animales et végétales. Il reste maintenant à en convaincre les décideurs», résume Louis Bernatchez. Le document produit au terme du sommet, incluant une liste de recommandations visant l’intégration de la biologie évolutive à la gestion des espèces, est disponible à l’adresse www.ioe.ucla.edu/CTR/ioesymposium.html. Quant au numéro spécial de Molecular Ecology, les membres de la communauté universitaire y ont accès à l’adresse www.blackwell-synergy.com/toc/mec/17/1.

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