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L'enfance blessée

La fessée demeure un acte de violence physique dont l’utilisation ne doit pas être banalisée, même quand le parent en a sa claque

Par : Renée Larochelle
«Ce n’est pas une tâche vraiment agréable, mais les parents ont le devoir de donner la fessée à leur enfant s’ils estiment que cela est nécessaire.» «Certains enfants ont besoin de recevoir des claques afin d’apprendre à mieux se comporter.» Voilà les réponses qu’ont données respectivement 62 % et 42 % des répondants à une enquête visant à comprendre les déterminants des attitudes des parents à l'égard des punitions corporelles. Menée par Marie-Hélène Gagné, professeure à l’École de psychologie, l’enquête a été réalisée en 2002 auprès de 1 000 personnes âgées de 18 ans et plus vivant au Québec. Les résultats de cette recherche ont été publiés dans le numéro d’octobre du Journal of Interpersonal Violence.
   
«Le premier objectif de l’étude consistait à examiner les liens existant entre les expériences de violence et de punitions corporelles vécues durant l’enfance, et les attitudes favorables aux punitions corporelles, explique Marie-Hélène Gagné. Nous voulions également explorer le lien entre le degré de perception de fréquence de blessures physiques résultant de punitions corporelles et l’adoption d’attitudes favorables envers ce type de punitions.» Résultat: la fessée est la forme de violence vécue durant l’enfance la plus répandue avec 66 % des répondants. À la question «Combien de fois pensez-vous que les corrections administrées par les parents laissent des blessures physiques chez les enfants (séquelles, lésions, etc.)?», 39 % des répondants ont répondu qu’ils croyaient que les enfants étaient occasionnellement blessés, 22 %, souvent et 9 %, très souvent.

Un grand malaise
Par ailleurs, plus les répondants disaient avoir connu la fessée dans leur enfance, plus ils approuvaient l’utilisation de cette forme de discipline. En revanche, plus ceux qui affirmaient avoir été ridiculisés ou humiliés par leurs parents et plus ils rapportaient avoir été victime de violence physique de leur part, moins ils étaient favorables à la fessée. Enfin, plus les participants étaient convaincus que les punitions corporelles n’étaient pas physiquement dangereuses, plus ils étaient d’accord avec la fessée. Ces résultats laissent songeuse Marie-Hélène Gagné. «Le fait que 62 % des personnes interrogées croient qu’ils ont le devoir de donner la fessée à leur enfant si cela s’avère nécessaire dénote un grand malaise, dit-elle. D’un côté, les parents veulent encadrer leur enfant, mais la fessée ne leur permet que de se défouler sur le coup et ne règle pas le problème, en plus de générer colère et frustration chez l’enfant.»
   
En lieu et place de la fessée, on suggère diverses stratégies de remplacement, comme le retrait de l’enfant dans sa chambre, par exemple. «La punition doit toujours avoir une relation avec la faute commise, conclut Marie-Hélène Gagné. Si un enfant casse un jouet appartenant à sa sœur, on l’invitera à réparer ses torts en prenant des sous dans sa tirelire pour acheter un autre jouet. Certaines personnes croient que la fessée n’est pas dommageable si elle est bien “gérée”. Ceci est une autre histoire. Mais il ne faut surtout pas banaliser cet acte de violence physique.»


   

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