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Le village d'autrefois

En s’appropriant l’espace et le temps sur un terrain connu, des campeurs saisonniers trouvent leur place au soleil 

Par : Renée Larochelle
Asphaltage de l’entrée menant à leur roulotte, installations de haies et de clôtures, aménagement d’un jardin: il n’y a rien que les campeurs saisonniers ne fassent pas pour se sentir chez eux sur un bout de terrain dont ils ne sont que les locataires, mais qu’ils entretiennent et qu’ils travaillent à embellir année après année. Arrivant au terrain de camping au début de mai pour n’en repartir bien souvent qu’à la mi-septembre, propriétaires de leurs roulottes pour la plupart, les campeurs saisonniers s’approprient l’espace, en habitués qu’ils sont de la place. Mais leur action ne se limite pas à leur terrain. Ainsi, il n’est pas rare de les voir construire eux-mêmes des équipements de loisirs collectifs, par exemple l’aménagement d’une allée de pétanque, d’un jeu de fers ou de balles, et ce, sans que le propriétaire du camping débourse le moindre sou. Au bout du compte, les propriétaires de camping bénéficient même grandement des investissements et des améliorations apportés aux lieux réalisés par leurs clients. Avec les années, leur entreprise prendrait en effet de la valeur sans qu’ils y mettent beaucoup de temps, d’argent et d’énergie. Ceci est une autre histoire.
   
Telle est l’une des conclusions dégagées par Catherine Allen dans son mémoire de maîtrise en anthropologie dirigée par Manon Boulianne. Aux fins de cette étude intitulée Faire son camping? Espace, temps et sociabilité chez les campeurs saisonniers du Québec, Catherine Allen a planté sa tente dans deux terrains de campings de la grande région de Montréal durant l’été 2006. En plus d’interroger les campeurs sur leurs motivations, elle a observé les us et coutumes de cette faune pour qui le terrain de camping constitue souvent un deuxième chez-soi. Elle y a même rencontré des gens qui possédaient maison et piscine en ville, mais qui emménageaient dans leur roulotte l’été tant ils y avaient des amis et des connaissances. «Pour beaucoup de ces personnes, l’environnement social compte davantage que l’environnement physique, explique Catherine Allen. Le camping s’apparente au village d’autrefois, où tout le monde se connaît et s’entraide. Même s’il existe très peu d’espace entre chaque roulotte, les gens disent retrouver une sorte d’intimité dès qu’ils ferment leur porte.»

Avec le temps
«Ici, on a le pouvoir de décider ce qui se passe et quand ça se passe», ont répondu les campeurs à Catherine Allen, quand elle leur a demandé de quelle façon ils passaient le temps. Et pour cause: entre les cours de danse et la pétanque, les promenades en voiturette de golf ou à bicyclette, les soirées dansantes, les feux de bois ou le bingo, les campeurs ne voient pas le temps passer. «Mes interlocuteurs m’ont dit que le camping était un endroit où ils se reposaient malgré toutes les activités inscrites au programme, souligne l’anthropologue. D’abord, ils pouvaient décrocher du travail. Ensuite, ils n’avaient pas autant de tâches ménagères à faire que dans leur appartement ou leur condo, soulignant au passage les avantages qu’offrait une roulotte, beaucoup plus facile à entretenir qu’un chalet. Enfin, ils n’étaient pas obligés de participer aux activités proposées, dont la plupart étaient d’ailleurs mises sur pied par les campeurs eux-mêmes. Ils voulaient juste être bien, avoir une place à eux, et ils l’avaient trouvée.»

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