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Le travail d'une vie

Certaines caractéristiques du travail occupé par des femmes enceintes haussent leur risque d’accouchement prématuré

Par : Jean Hamann
Certaines exigences physiques ou psychologiques liées à l’emploi occupé par des travailleuses enceintes augmentent la probabilité qu’elles accouchent prématurément, démontrent des chercheuses du Département de médecine sociale et préventive, dans un article qu’elles publient dans une récente édition de l’American Journal of Epidemiology. La modification des conditions de travail problématiques avant la 24e semaine de grossesse parviendrait toutefois, dans la plupart des cas, à atténuer ce risque.
   
Pour mener leur étude, Agathe Croteau, aujourd’hui médecin conseil à l'Institut national de santé publique du Québec, et les professeures Sylvie Marcoux et Chantal Brisson ont mis à contribution près de 6 000 travailleuses québécoises qui ont donné naissance à un enfant entre janvier 1997 et mars 1999. Les chercheuses ont comparé les caractéristiques du poste occupé par 1 242 d’entre elles qui ont donné naissance à un enfant prématuré (né avant la 37e semaine de grossesse) ou à un enfant très prématuré (avant la 34e semaine de grossesse) à celles des 4 513 autres qui ont accouché à terme. De plus, elles ont tiré parti de la réglementation québécoise sur la santé et la sécurité au travail pour vérifier si un changement dans les conditions d’emploi influençait l'issue de la grossesse.
   
Leurs analyses révèlent que le risque d’accouchement prématuré augmente de 70 % lorsque le travail comporte des mouvements exigeants — se pencher, s’accroupir, porter les bras plus haut que les épaules, etc. — pendant trois heures ou plus chaque jour. Il est aussi 40 % plus élevé lorsque la travailleuse est soumise à des vibrations touchant l’ensemble du corps. Les postes combinant une demande psychologique élevée, une faible latitude décisionnelle et un soutien social modéré ou faible en milieu de travail sont associés à une hausse de 40 % du risque de prématurité.
   
Enfin, les chercheuses ont évalué l’effet combiné de quelques caractéristiques d’emploi défavorables – ajoutons, à celles mentionnées précédemment, un horaire variable, travailler en position debout pendant au moins sept heures par jour, travailler en position assise pendant au moins trois heures consécutives, travailler à des températures froides ou chaudes. Le risque de prématurité et de grande prématurité chez les femmes qui occupent un travail présentant au moins quatre caractéristiques défavorables augmente respectivement par un facteur de 2,0 et de 2,7 comparé aux postes qui n’en comportent aucune.
   
Les travailleuses enceintes dont les conditions de travail ont été modifiées à la suite d’un retrait préventif ou d’une réaffectation courent un risque de prématurité inférieur à celui des femmes qui ont conservé le même emploi. Une étude similaire, publiée l’année dernière par la même équipe, mais qui portait celle-là sur le poids de l’enfant à la naissance, avait conduit à des conclusions similaires. La probabilité d'avoir un enfant de petit poids (sous la barre du dixième percentile) pouvait pratiquement doubler en présence de certains facteurs de risque, mais il retournait presque à la normale si les conditions de travail étaient modifiées avant la 24e semaine de grossesse.

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