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Le temps des PARP

Des protéines qui interviennent dans la réparation de l'ADN et la mort cellulaire seront-t-elles à l'origine de la prochaine génération de traitements contre le cancer?

Par : Jean Hamann
La multiplication des études qui suggèrent que les PARP (poly-ADP-ribose polymérases) pourraient ouvrir de nouvelles avenues dans le traitement des cancers a incité les responsables de Nature Reviews Cancer à commander un article synthèse sur le sujet à un groupe international de chercheurs. Dans le numéro d'avril de cette publication, deux membres du Centre de recherche du CHUQ, Michèle Rouleau et Guy Poirier, et des chercheurs de la Mayo Clinic de Rochester au Minnesota et de l'Université de l'Alberta dressent le bilan de quarante années de recherche sur ces protéines.
   
Les PARP regroupent des enzymes qui interviennent dans la réparation de l'ADN et dans l'apoptose, ou mort cellulaire régulée. Ce phénomène résulte d’une cascade de réactions qui s’enclenche, par exemple, après une exposition à des substances toxiques, à des rayons ultraviolets ou à des agents de chimiothérapie. La recherche sur les processus entourant l'apoptose présente un grand intérêt médical parce que ce mécanisme intervient dans plusieurs maladies, notamment les maladies cardiovasculaires, inflammatoires ou neurodégénératives. En stoppant le processus de mort cellulaire, on pourrait freiner ces maladies ou en limiter les dégâts. À l’inverse, la possibilité d'induire de façon très ciblée l'apoptose dans des cellules cancéreuses — qui ont perdu la capacité de mourir — ouvre la voie à de nouvelles thérapies. Des inhibiteurs de PARP se sont récemment révélés efficaces pour contrer deux gènes (BRCA1 et BRCA2) associés à certains cancers du sein.
   
«Il s'agit de résultats excitants, mais il reste beaucoup de travail à faire», préviennent les auteurs de l'article. En effet, plusieurs questions fondamentales touchant les PARP sont encore sans réponses, notamment leur nombre — on avance présentement le chiffre de 18, mais la chose ne serait certaine que pour 6 d'entre elles —, leur structure cristallographique complète et leur mode d'activation par l'ADN endommagé. Il faudra aussi établir si les espoirs fondés sur les inhibiteurs de PARP passent le test ultime, celui d'améliorer le sort des patients atteints de cancer. Les premiers tests cliniques ont été entrepris en 2003 et ils se sont multipliés depuis. Sept inhibiteurs de PARP font l'objet d'essais cliniques dans une centaine d'hôpitaux du Canada, des États-Unis et de l'Europe. Grâce à des fonds provenant du National Cancer Institute des États-Unis, Guy Poirier et Michèle Rouleau collaborent à l'un de ces essais. Les deux chercheurs mesurent les concentrations de PARP et de ses produits de réaction dans les lymphocytes de patientes avant et après un traitement avec l'inhibiteur ABT-888.
  
Les inhibiteurs de PARP formeront-ils la prochaine génération de médicaments contre le cancer? «Dans l'avenir, les traitements seront de plus en plus adaptés au génome de chaque patient, répond Guy Poirier. Les PARP sont l'une des nouvelles avenues qu'il faut explorer parce qu'elle pourrait être efficace pour une partie des malades, mais il ne faut pas négliger d'autres solutions.»

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