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Le Grand Nord, terre nourricière

Les Inuits du Nunavik, au Québec, bénéficient d’un régime juridique qui est davantage compatible avec les exigences de leur sécurité alimentaire que celui des Inuits d’Alaska

Par : Yvon Larose
Dans quelle mesure les lois relatives aux Inuits du Québec et d’Alaska leur garantissent-elles un accès sûr à leurs aliments traditionnels, de même qu’aux aliments importés du sud? Pour répondre à cette question, Sophie Thériault, professeure à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa, a fait une thèse de doctorat en droit à Laval. La soutenance a eu lieu en mai dernier. «La sécurité alimentaire des Inuits en général constitue un défi, explique-t-elle. Ils comptent parmi les groupes les plus menacés par l’insécurité alimentaire.»

Au Nunavik, dans l’extrême nord du Québec, les Inuits sont environ 9 500. En Alaska, un État américain situé au nord-ouest du Canada, on en compte quelque 30 000. Les uns et les autres consomment des aliments frais importés à fort prix des centres urbains situés plus au sud. Ils se nourrissent également, et en quantités importantes, du produit de la chasse comme le caribou, de la pêche comme le phoque et de la cueillette comme les baies sauvages.

Sophie Thériault a analysé, comparé et évalué les droits territoriaux des Inuits des deux régions. Trois règlements de revendications territoriales ont servi de base à son étude, dont l’Alaska Native Claims Settlement Act adopté en 1971 et la Convention de la Baie James et du Nord québécois adoptée en 1975. En 1971, le Congrès américain a créé, en Alaska, 12 corporations régionales et 225 corporations de village à but lucratif à qui il a transféré 18,2 millions d’hectares de terre. «Ce règlement, souligne-t-elle, reste fondé sur l’intégration des Inuits à l’économie et à la société américaines. En comparaison, la Convention de 1975 avait une approche “communautaire” visant à protéger l’économie, la culture et le mode de vie des Inuits.»

À la suite de son analyse comparée, Sophie Thériault a découvert que l’approche communautaire au Nunavik est, en général, davantage compatible avec les exigences de la sécurité alimentaire des Inuits que l’approche capitaliste en vigueur en Alaska. «Au Québec, indique-t-elle, la principale force du régime est qu’il garantit dans une large mesure l’accès durable au territoire et aux ressources naturelles. Il reconnaît notamment des droits fonciers exclusifs sur certaines terres. Une telle garantie n’existe tout simplement pas en Alaska. Cependant, le fait de posséder des terres d’une superficie bien supérieure à celles obtenues par les Inuits du Nunavik favorise le développement économique de certaines de leurs communautés, bien qu’avec des disparités majeures entre et au sein des communautés.»

En raison des changements climatiques, les Inuits du Nunavik et d’Alaska assistent à la détérioration rapide de la qualité de leur environnement, une situation qui pourrait mettre en péril leur sécurité alimentaire. «Les Inuits rapportent des changements dans l’abondance, la santé et la distribution de la faune, ce qui rend l’exercice de leurs activités de subsistance moins certain, moins sécuritaire et moins efficace», explique Sophie Thériault. Une autre menace est la contamination de la chaîne alimentaire arctique par les polluants organiques persistants. Une troisième est la fonte de la banquise. Selon elle, la fonte de la banquise pourrait entraîner un accroissement éventuel du trafic maritime ainsi qu’une accélération du développement des secteurs minier et pétrolier. «Il sera impératif, affirme cette dernière, d’assurer une participation réelle et effective des Inuits à la gouvernance de l’Arctique afin qu’ils puissent infléchir les processus décisionnels de façon à protéger leur milieu de vie.»

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