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Le dictionnaire de l'Hexagone

La dernière édition du Grand Robert de la langue française ne reflète pas la réalité linguistique et culturelle du Québec, soutient le linguiste Claude Verreault

Par : Renée Larochelle
Depuis les années 1970, les dictionnaires faits en France se sont ouverts à la francophonie en incluant dans leur nomenclature de nombreux mots et emplois provenant d’autres régions francophones du monde, dont le Québec. Cette ouverture s’est intensifiée au fil des années, si bien qu’on pourrait penser que ces dictionnaires reflètent fidèlement la réalité linguistique et culturelle québécoise. Or, rien n’est moins sûr, selon Claude Verreault, professeur au Département de langues, linguistique et traduction. À preuve, tous ces emplois supposément communs à toute la francophonie qu’on trouve dans la dernière édition du Grand Robert de la langue française (2001) et qui ne sont utilisés pourtant qu’en France. À l’inverse, certains particularismes québécois figurant dans le dictionnaire ne correspondent pas toujours à la réalité ou sont carrément tombés en désuétude. Dans un article paru récemment dans le Journal international de lexicographie sous le titre «L’inclusion des particularismes extra-hexagonaux dans la dernière édition du Grand Robert: réalité ou mirage de la francophonie?», Claude Verreault  dénonce entre autres ces emplois non représentatifs de la langue parlée actuellement au Québec, mais qui sont toutefois désignés comme tels. Cette situation contribue à donner une mauvaise idée de ce qui particularise la variété québécoise, soutient le linguiste.

Aplanir les différences
Des exemples d’emplois que le Grand Robert étend à toute la francophonie et, du même coup, au Québec? Le mot «capoter», qui signifie perdre les pédales de ce côté-ci de l’Atlantique, veut dire tout autre chose en France où on dira que des négociations ont capoté (échoué). Même chose pour «doigt de pied» qu’aucun Québécois n’emploiera à la place d’«orteil», sauf pour plaisanter. Ces différences sont toutes aplanies dans le dictionnaire. Par ailleurs, si on en croit le Grand Robert, les Québécois diraient «avoir les deux pieds dans le même sabot» au lieu d’«avoir les deux pieds dans la même bottine». Sur nos routes, les policiers «verbaliseraient» au lieu d’«émettre une contravention», les abonnés à la nicotine «fumeraient comme un sapeur», au lieu de «fumer comme une cheminée». Pour se protéger du froid hivernal, les Québécois mettraient leur «capot» (décrit dans le Grand Robert comme un manteau à capuchon), auraient «une corneille à plumer avec quelqu’un», quand ils auraient en fait une affaire à régler avec autrui. En somme, on ferait dire aux gens d’ici ce qu’ils ne disent pas.

Tous ces aspects constituent des irritants pour Claude Verreault, qui rêve d’un dictionnaire où le «français de France» serait considéré comme l’une des variétés actuelles du français et non pas comme un dogme absolu. Sans compter qu’il reverrait la nomenclature canadienne et québécoise de la partie consacrée aux noms propres du Grand Robert. Par exemple, certains noms de partis politiques aujourd’hui rayés de la carte, comme le Crédit social, le Ralliement des créditistes et l’Union nationale, figurent encore dans le dictionnaire alors que ceux du Parti libéral du Canada, du Parti libéral du Québec et du Bloc québécois brillent par leur absence.
        

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