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Le coeur n'a pas toujours sa raison

Un programme d'intervention psychiatrique remet les personnes opérées au coeur sur le chemin de la convalescence

Par : Jean Hamann
Un jour, le psychiatre François Sirois est appelé au chevet d'un patient qui venait de subir une importante chirurgie cardiaque. Alors que tous les signes cliniques indiquent que la convalescence se déroule bien, l'homme reste cloué au lit, persuadé que sa vie est terminée. Il avoue même au psychiatre qu'il n'a plus vraiment le goût de vivre, mais qu'il ne veut pas mourir avant quelques semaines pour autant. Intrigué par cette confidence, le psychiatre interroge son patient pour finalement découvrir que l'épouse de ce dernier est gravement malade, qu'il veut lui épargner la peine de sa propre mort, mais qu'il envisage difficilement la vie sans elle.
   
Des cas de la sorte, où le corps et la tête ne battent pas la même mesure, le professeur Sirois en voit régulièrement dans le cadre de sa pratique auprès des patients qui subissent une intervention chirurgicale au coeur à l'Hôpital Laval. «Environ 10 à 20 % des patients qui subissent cette chirurgie font l'objet d'une intervention psychiatrique après coup», a déclaré le professeur du Département de psychiatrie lors d'une conférence présentée la semaine dernière à Québec dans le cadre du 19e Congrès mondial de médecine psychosomatique. «La plupart des personnes opérées au coeur n'ont aucun problème, mais il arrive que monsieur ou madame tout-le-monde pète ses plombs après une chirurgie cardiaque. Ça dépend de la personnalité des gens, mais aussi de la façon dont la chirurgie est perçue émotivement.»
   
Le psychiatre rend visite aux patients un jour ou deux après l'intervention, surtout lorsque le personnel soignant soupçonne que quelque chose ne tourne pas rond. Les trois problèmes avec lesquels il doit composer le plus fréquemment sont la confusion, l'agitation et l'anxiété. Certains patients demeurent alités pendant des jours, disant se sentir faibles et amochés, refusant parfois des soins, alors que tous les signes cliniques indiquent qu'ils prennent du mieux. «Il n'y a pas que la dimension biologique qui entre en ligne de compte dans le rétablissement d'un patient après une chirurgie importante, souligne François Sirois. La dimension psychologique est également importante, surtout pour un organe symbolique comme le coeur.»
   
Dans un contexte de consultation aussi inhabituel, où l'intervention est ponctuelle et limitée, le psychiatre doit être à l'affût des moindres indices comportementaux révélateurs de l'état d'esprit du patient. «Le rôle du psychiatre est de combler le fossé entre la perception objective de l'état de santé du patient, établi par le personnel soignant, et la perception subjective que le patient a de sa propre condition, poursuit le psychiatre. Il faut l'aider à corriger sa distorsion émotive de la réalité.» L'espoir occupe une place importante parmi les huit principes de base que le psychiatre utilise dans sa pratique. «Il faut amener les patients à croire en leur guérison et entretenir cet espoir en leur faisant prendre conscience de tous les signes d'amélioration de leur état de santé», dit-il.
   
Loin d'être l'affaire exclusive du psychiatre, le rétablissement de la personne opérée repose sur un travail d'équipe en milieu hospitalier. Et comment voit-il son rôle dans cette équipe? «Souvent, les spécialistes d'une équipe soignante concentrent leur attention sur l'organe qui a fait l'objet de la chirurgie. Le psychiatre, lui, s'occupe de la personne qui vient avec l'organe.»








 

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