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Le coeur à l'ouvrage

L’électrocardiogramme au repos et le test d’effort sur tapis roulant devraient faire partie des outils diagnostiques pour les patients diabétiques

Par : Jean Hamann
Environ de 30 % à 40 % des personnes diabétiques souffre, à leur insu, d’une maladie coronarienne. Lorsque cette maladie silencieuse se manifeste pour la première fois au grand jour, elle prend la vie de la moitié d’entre elles. Comment dépister les diabétiques atteints d’une maladie coronarienne silencieuse et leur assurer un traitement adéquat sans soumettre tous les diabétiques à des tests sophistiqués et coûteux? En leur faisant passer un simple électrocardiogramme au repos et en soumettant les patients qui présentent certains facteurs de risques à un test d’effort sur tapis roulant, proposent Paul Poirier, Jean-Pierre Després et Olivier Bertrand, du Centre de recherche de l’Hôpital Laval, dans un récent numéro du Canadian Journal of Cardiology.
  
Le monde médical est présentement divisé quant à savoir s’il faut considérer ou non le diabète comme une maladie coronarienne. Les lignes directrices de pratique clinique sur le traitement du diabète, émises par les autorités médicales canadiennes en 2003, sont d’ailleurs ambiguës à ce sujet, signale Paul Poirier. Pourtant, de 65 % à 80 % des diabétiques meurent éventuellement de causes cardiaques.
   
Chez les diabétiques, le dépistage des problèmes coronariens est compliqué par le fait que les symptômes sont atypiques ou absents. Malgré cela, les trois chercheurs suggèrent d’aborder chaque patient diabétique comme s’il s’agissait d’une personne chez qui on soupçonne une maladie coronarienne: en leur faisant passer un électrocardiogramme au repos. «Cette procédure n’est pas appliquée de façon systématique pour l’instant, souligne le professeur Poirier. La décision est prise par le médecin traitant.»
   
Si des anomalies sont perceptibles sur l’électrocardiogramme ou si le patient présente certains facteurs de risques (âge, pression sanguine, taux de cholestérol, tabagisme, cas familiaux de problèmes cardiaques), son médecin gagnerait à lui faire subir un test sur tapis roulant. «En étudiant la réaction du cœur à l’effort, on peut déterminer si un patient diabétique a des obstructions coronariennes et si l’importance de cette obstruction nécessite une revascularisation, explique le professeur Poirier. Les trois quarts des diabétiques ont une forme physique suffisante pour produire un test d’effort révélateur.» Il ne s’agit pas d’une panacée, précise toutefois le cardiologue, puisque ce test permet de détecter environ 60 % des cas de maladie coronarienne silencieuse.
   
Relativement simples et peu coûteux, l’électrocardiogramme au repos et le test d’effort sont prescrits systématiquement aux patients diabétiques soignés à l’Hôpital Laval. Paul Poirier souhaite que les patients diabétiques traités ailleurs puissent aussi profiter de cette approche préventive. Selon lui, la plupart des centres hospitaliers disposent des ressources et de l’expertise pour le faire.
   
Membre du comité canadien chargé de revoir les lignes directrices pour le traitement du diabète, le professeur Poirier a d’ailleurs plaidé pour que l’électrocardiogramme pour tous et le test d’effort pour les sujets présentant certains facteurs de risques fassent partie des nouvelles recommandations de traitement. Il faudra attendre la publication des nouvelles lignes directrices en 2008 pour savoir s’il a été convaincant.

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