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L'argent des autres

La gratuité des services de santé a un coût, plaide l'économiste James Eaves

Par : Jean Hamann
«Le fait que les Américains ne paient pas leurs dépenses en santé avec leur propre argent les rend insouciants face aux coûts.»
«Le fait que les Américains ne paient pas leurs dépenses en santé avec leur propre argent les rend insouciants face aux coûts.»
La plupart des technologies coûtent moins cher avec le temps. Pour s’en convaincre, il suffit de penser aux appareils électroniques actuels, qu’il s’agisse de téléviseurs, ordinateurs, appareils photos numériques ou lecteurs de musique, tous plus sophistiqués et plus abordables qu’il y a cinq ans. Il y a cependant un secteur qui déroge à cette règle: celui des soins de santé. Pourquoi? «Parce qu'on est moins soucieux des coûts lorsqu'on paie avec l'argent des autres», avance le professeur James Eaves, du Département de finance et assurance, dans un texte publié le 25 juin dans le site Web American Thinker.

Dans son analyse, qui porte sur le système de santé américain mais dont certaines conclusions valent également pour le système de santé canadien, le professeur Eaves fait valoir que, dans un environnement réglementaire adéquat, la technologie médicale pourrait progresser sans poussée de fièvre des coûts. À preuve, dit-il, de 2003 à 2007, le coût des cinq interventions de chirurgie esthétique les plus courantes — non couvertes par les assurances — a augmenté au même rythme que l'inflation, soit entre 2 et 3 %. Pendant ce temps, la hausse annuelle des coûts du système de santé américain atteignait 5,5 %.

«La plupart des Américains ne paient pas de leur poche les services de santé qu'ils utilisent, souligne le professeur Eaves, alors ils veulent toujours plus de services et des services de meilleure qualité. La question du coût est secondaire. Comme les soins de santé ne sont pas rationnés aux États-Unis, le marché a le champ libre pour offrir des services incroyables sans égard au coût.» Le résultat est que les fournisseurs de services de santé ne rivalisent pas entre eux pour offrir des soins au meilleur coût possible, mais simplement pour offrir plus de services. Pour appuyer sa thèse, James Eaves signale que les soins de santé pour lesquels les patients américains paient de leur poche sont ceux qui ont connu la plus faible hausse de coût (4 %) au cours des dernières années. Inversement, ceux pour lesquels ils ne paient rien ont vu leur coût grimper de 7 %.

En moyenne, les Américains paient environ 20 % des dépenses en santé de leur propre portefeuille. «Ce n'est pas assez, estime l'économiste. Presque tous les services sont payés par les assurances alors qu'une assurance a pour fonction de nous mettre à l'abri du besoin advenant un événement rare et dévastateur. Le fait que les Américains ne paient pas leurs dépenses en santé avec leur propre argent les rend insouciants face aux coûts.»

Paradoxalement, la hausse des coûts est moins importante au Canada, même si les patients ne paient pas directement les soins de santé dont ils profitent. La raison? «D'une part, l'offre de soins de santé est limitée par les gouvernements, répond-il. D'autre part, les hôpitaux et les médecins canadiens ne cherchent pas à réaliser des profits.» Ceci ne signifie pas que le système canadien soit à l'abri du syndrome «ce n'est pas mon argent». Les Canadiens exigent toujours plus de services gratuits eux aussi. «Si les Canadiens devaient payer directement ne serait-ce qu'une petite portion des coûts, le système de santé coûterait moins cher sans que la santé des Canadiens en souffre», affirme l'économiste.

La réforme des soins de santé, qui fait présentement l'objet de débats aux États-Unis, devrait privilégier l'adoption de politiques visant à contrer le syndrome «ce n'est pas mon argent», plaide James Eaves. «Il faut créer un environnement qui favorise la compétition pour de meilleurs services au plus bas coût plutôt que de miser sur d'importants changements structuraux».

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