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La voix humaine

Le musicologue Serge Lacasse reçoit 800 000 $ du Fonds des leaders pour mettre sur pied le Laboratoire audionumérique de recherche et de création

Par : Renée Larochelle
Serge Lacasse: «La réalisation audionumérique est une peinture, une sculpture et tient à la fois de la technique et de l'artistique».
Serge Lacasse: «La réalisation audionumérique est une peinture, une sculpture et tient à la fois de la technique et de l'artistique».
Pour son projet de Laboratoire audionumérique de recherche et de création (LARC), Serge Lacasse, professeur à la Faculté de musique, a décroché en quelque sorte le gros lot pour un chercheur, ayant récemment obtenu la plus importante subvention décernée par le Fonds des leaders, soit 800 000 $. Le Fonds des leaders a pour but d’aider les universités à offrir des infrastructures de recherche de pointe aux chercheurs établis ainsi qu’aux jeunes chercheurs prometteurs. «Le studio d’enregistrement à la Faculté de musique date des années 1960, c’est donc dire qu’il est vétuste, explique Serge Lacasse. Il présente entre autres d’importants défauts de sonorisation. Si tout va bien, le LARC devrait ouvrir ses portes en janvier 2011 et nous pourrons y réaliser toutes sortes de projets intéressants.» L’un de ces projets tenant particulièrement à cœur à ce spécialiste de la musique populaire est de découvrir comment la voix chantée communique l’émotion. Quels sont les éléments qui suscitent l’émotion dans une chanson? Concrètement, à l’écoute d’un album, les étudiants et chercheurs gravitant autour du LARC tenteront d’isoler la voix afin de pouvoir nommer les effets vocaux, d’essayer d’en voir les nuances et de caractériser les sons, de constituer une banque de données et enfin, de proposer une grille à partir de laquelle les musiciens pourront travailler.

Créer des liens
«L’idée de créer ce laboratoire m’est venue au volant de ma voiture alors que ma fille fredonnait une chanson en anglais, dit Serge Lacasse. Bien qu’elle ne comprenait pas les paroles, elle feignait l’émotion contenue dans la chanson et arrivait à bien communiquer cette émotion.» Divers projets sont à l’ordre du jour du LARC, dont l’expérimentation de nouvelles approches, de nouveaux logiciels et la production d’albums. Le professeur-chercheur souhaite également créer des liens avec les étudiants de la Faculté de musique et avec des étudiants d’autres facultés, comme il l’a fait en décembre en montant un récital de chansons avec 13 étudiants en littérature et autant d’étudiants en musique. Il souhaite aussi créer un certificat en réalisation audionumérique dès septembre prochain. «La réalisation audionumérique est une peinture, une sculpture et tient à la fois de la technique et de l’artistique, soutient Serge Lacasse. Aujourd’hui, il suffit d’avoir un ordinateur et un clavier pour faire de la musique. Mais on peut posséder l’équipement sans posséder les compétences requises pour faire de la bonne musique.»

L’industrie se porte bien
Professeur depuis 2002 à la Faculté de musique, Serge Lacasse ne cache pas que tout était à faire à son arrivée à l’Université. Dès ses débuts, il a décidé d’intégrer ses activités de recherche et d’enseignement. Musicien, il a fait partie d’un groupe et a même écrit deux chansons pour Mitsou dans les années 1990. Récemment, le «prof Lacasse», comme on l’appelle parfois, a procédé au lancement du remix d’un grand succès des années 1930, «Ça va venir, découragez-vous pas» composée par la Bolduc en réponse à la Grande dépression. Interrogé sur la santé et la vigueur de la création artistique au Québec, Serge Lacasse répond que l’industrie de la musique ne s’est jamais aussi bien portée. À son avis, les problèmes se situent sur le plan de la distribution. «Actuellement, le quart de la musique est vendu par téléchargements légaux sur Internet, explique Serge Lacasse. Plus que jamais, le secteur de la distribution doit s’aligner sur les nouvelles technologies.»

Quant à la disparition des magasins de disques, ceci est une autre histoire à laquelle Serge Lacasse ne croit pas vraiment. «On a déjà prévu la mort du livre, constate-t-il. Et pourtant, le livre est toujours là. Le disque va-t-il disparaître dans sa forme classique? Difficile à prévoir, surtout quand on voit que le disque vinyle revient à la mode. Moi, je verrais très bien des boutiques de disques où des conseillers musicaux aideraient les clients à faire des choix répondant à leurs besoins ou leur parleraient des nouveautés. Il y aurait une borne où la personne pourrait écouter la chanson qui l’intéresse, en faire l’achat et l’enregistrer sur iTunes. Et le tour serait joué.»

 

  

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