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La voie lactée

Les cliniques spécialisées d’aide à l’allaitement livrent la marchandise

Par : Jean Hamann
S’il faut en croire une étude qui vient de paraître dans le Journal of Human Lactation, les cliniques spécialisées d’aide aux mères qui éprouvent des difficultés à allaiter sont d’une remarquable efficacité. En effet, les femmes qui font appel aux services de ces cliniques ont quatre fois plus de chance de poursuivre l’allaitement jusqu’à l’âge de six mois et la probabilité qu’elles sortent enchantées de leur expérience d’allaitement est également quatre fois plus élevée, en dépit des obstacles qu’elles ont dû affronter.
   
Ces conclusions reposent sur une enquête menée auprès de 86 femmes par Caroline Lamontagne et Monik St-Pierre, de la Direction de santé publique de la Capitale-Nationale, et par Anne-Marie Hamelin, du Département des sciences des aliments et de nutrition. Les chercheuses ont interrogé 52 mères de la région de Québec qui avaient été dirigées à la Clinique d’allaitement de Québec par des professionnelles de la santé (infirmière, nutritionniste, sage-femme ou médecin) en raison d’importants problèmes qui faisaient obstacle à leur volonté de poursuivre l’allaitement.

Les chercheuses ont comparé l’expérience d’allaitement de ces femmes à celle d’un groupe de 34 mères de la région de Trois-Rivières. Les participantes des deux régions profitent des mêmes services initiaux d’aide à l’allaitement soit des cours prénatals, la visite d’une infirmière à la maison dans les jours qui suivent la naissance de l’enfant et la présence de groupes d’entraide à l’allaitement, mais la région trifluvienne ne dispose pas de clinique où des spécialistes de l’allaitement peuvent être consultés. Comme l’intention d’allaiter était similaire dans les deux groupes, c’est aux services offerts par la clinique qu’il faut attribuer les écarts observés. Fait à signaler, le taux d’allaitement après six mois chez les femmes qui ont utilisé les services de la clinique était de 56 % alors que la moyenne dans la région de Québec est de 45 %. C’est une différence appréciable, soulignent les auteures de l’étude, surtout si on tient compte des difficultés vécues par ces mères en début d’allaitement.
   
«Ces cliniques apportent quelque chose de plus que les groupes d’entraide à l’allaitement, souligne Anne-Marie Hamelin. Il faut avoir une formation spécialisée pour répondre adéquatement aux problèmes que vivent les mères qui s’y présentent. Pour atteindre les objectifs que nous nous sommes donnés comme société en matière d’allaitement naturel, il faudrait créer ce genre de cliniques dans toutes les grandes villes du Québec.» Environ 14 % des mères qui entreprennent l’allaitement de leur enfant se heurtent à des problèmes qui nécessiteraient les services d’une clinique d’allaitement.
   
Les résultats d’une enquête de l’Agence de la santé publique du Canada, divulgués la semaine dernière, révèlent que le taux d’allaitement exclusivement naturel à six mois se situe à 14 %, alors qu’il est plus de 70 % dans les pays scandinaves. «Les statistiques seraient peut-être meilleures s’il y avait plus de cliniques d’allaitement, reconnaît Monik St-Pierre, qui précise toutefois que l’impact le plus important de ce service est ailleurs. «La moitié des mères arrive en pleurs à la clinique tellement elles sont découragées de ne pouvoir allaiter leur enfant. Parce que la clinique leur permet d’être soutenues dans leur désir d’allaiter et d’aller au bout de ce qu’elles peuvent vivre de ce côté, le discours qui présente l’allaitement comme quelque chose de pénible et de difficile est en voie de disparaître de l’espace public.»

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