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La piqûre

Marc Brisson, chercheur en médecine sociale et préventive, ajoute son grain de sel au débat entourant le controversé vaccin contre le virus du papillome humain

Par : Jean Hamann
Faut-il oui ou non vacciner les jeunes filles de moins de 12 ans contre une infection transmise sexuellement? Voilà une question qui soulève présentement un vif débat au Canada anglais où déjà trois provinces ont annoncé qu’elles iraient de l’avant avec un programme de vaccination contre le virus du papillome humain (VPH). Cet empressement à passer à l’action fait l’objet de critiques de la part de certains spécialistes en santé publique qui estiment qu’il vaudrait mieux prendre le temps de bien analyser la situation et de mieux évaluer les effets à long terme de ce vaccin avant d’aller plus loin. Le magazine Maclean’s fait écho à leur point de vue en diffusant à la une de son édition du 27 août un reportage intitulé «Nos filles ne sont pas des cobayes». Une équipe du Département de médecine sociale et préventive, dirigée par le professeur Marc Brisson, s’est indirectement mêlée au débat en publiant, dans le dernier numéro du Canadian Medical Association Journal, un article scientifique que certains médias ont aussitôt interprété comme un appui au programme de vaccination.
   
«Je n’ai jamais dit que j’étais en faveur du programme de vaccination contre le VPH et je n’ai pas dit que j’étais contre non plus, précise d’emblée Marc Brisson. Mon rôle en tant que spécialiste de la modélisation des maladies infectieuses est de produire des outils pour aider les responsables de la santé publique à prendre la meilleure décision possible.» Dans l’article du CMAJ, Marc Brisson, Nicolas Van de Velde, Philippe De Wals et Marie-Claude Boily présentent un modèle qui permet d’estimer le nombre de personnes à vacciner pour prévenir un épisode des divers maux occasionnés par le VPH. Transmis par contact sexuel, le virus se présente sous plus de 200 types qui provoquent soit des verrues génitales, des lésions et même des cancers du col de l’utérus. On lui attribue près de 400 décès chaque année au Canada et le vaccin permettrait de prévenir jusqu’à 70 % d’entre eux.

La part d’incertitude
De leur côté, les critiques font valoir que les études cliniques sur le vaccin ont duré cinq années, ce qui est relativement court pour en déterminer l’efficacité à long terme et les effets sur la santé. «C’est là que notre modèle peut être utile pour élaborer différents scénarios à plus long terme, avance Marc Brisson. Selon les données présentement disponibles, le modèle prédit que la vaccination réduirait significativement l’incidence des verrues génitales et des cancers du col de l’utérus. Toutefois, l’ampleur des bénéfices dépendra grandement de la durée de protection offerte par le vaccin et l’information à ce sujet est encore relativement limitée. Il y a toujours une part d’incertitude dans un programme de vaccination.»
   
Bien que les conclusions tirées à partir de son modèle soient plutôt favorables au vaccin et qu’une étude coût-bénéfice qu’il a publiée plus tôt cette année ait conclu à la rentabilité de la vaccination contre le VPH pour le système de santé canadien, Marc Brisson se défend de militer en faveur du vaccin. «Ce n’est pas à moi de décider si on doit instaurer un programme de vaccination, souligne le titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la modélisation mathématique et l’économie de la santé liée aux maladies infectieuses. «Il y a de nombreux facteurs qui entrent en ligne de compte dans pareille décision et mon travail ne touche qu’une partie d’entre eux.»
   
Dans la déclaration d’intérêts accompagnant l’article paru dans le CMAJ, Marc Brisson précise  qu’au moment où il a fait les analyses et la première ébauche de l’article, il était à l’emploi de Merck Frosst, le fabricant du seul vaccin contre le VPH homologué au Canada. Il estime toutefois que ce fait n’entache pas les conclusions de son étude. «Je ne dois rien à mon ancien employeur et peu importe où je travaille, je fais montre de la même intégrité scientifique», affirme-t-il.
   
S’il se dit «peu à l’aise avec l’interprétation que certains médias ont faite de ses travaux», Marc Brisson demeure néanmoins convaincu de la nécessité d’intervenir dans le débat. «La science n’est pas faite uniquement pour les scientifiques. Elle doit servir la population.» Le chercheur est toutefois bien conscient qu’une méfiance s’est installée à l’endroit des études qui émanent ou qui sont financées par les compagnies pharmaceutiques. «Il est normal et souhaitable que les chercheurs fassent montre d’esprit critique, mais pas uniquement à l’endroit des recherches auxquelles sont associées les pharmaceutiques. Il faut se montrer méfiant et critique envers toutes les études scientifiques et les juger selon leurs mérites respectifs.»

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