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La mort devant elles

Les femmes kamikazes tchétchènes n’agiraient pas sous la contrainte, mais s’engageraient volontairement dans l’acte terroriste

Par : Renée Larochelle
Selon des statistiques, la moitié des attentats suicides commis par des séparatistes tchétchènes contre la Russie depuis les dix dernières années sont le fait de kamikazes femmes. On connaît mal les raisons incitant ces femmes à poser un geste d’une telle violence. Des spécialistes de la question parlent de femmes dont le mari, ou encore le père ou le frère, a été tué et qui agissent par vengeance. De façon élargie, elles sont connues sous le nom de veuves noires. D’autres, ayant été violées par l’ennemi et donc déshonorées aux yeux de tous et mises au ban de la société, n’auraient plus rien à perdre et chercheraient dans l’attentat terroriste une façon de se racheter, d’être quelqu’un. «Comme les femmes kamikazes meurent dans les attentats qu’elles commettent, il est difficile d’en tracer un profil», a souligné Aurélie Campana, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les conflits identitaires et le terrorisme, lors d’une conférence qu’elle a donnée à l’occasion de l’Université féministe d’été, le 1er juin. «C’est par les témoignages de leurs proches ou quand elles laissent elles-mêmes un message écrit ou sur vidéocassette qu’on peut retracer leur trajectoire et avoir une idée de leurs motivations», a expliqué la professeure au Département de science politique. 

Pour Aurélie Campana, rien ne prouve que ces kamikazes sont contraintes à accomplir ces attentats suicides. Il semblerait en effet que l’engagement soit volontaire pour la plupart. Une fois entrées dans un groupe terroriste, les femmes seraient prises dans une dynamique de groupe dont elles auraient du mal à se sortir. Elles deviendraient des armes stratégiques. Portant traditionnellement des robes amples, souvent voilées, elles n’attireraient pas la suspicion. «La résonance de l’acte terroriste au féminin est d’autant plus grande qu’elle vient contredire l’étiquette de passivité qui colle à la femme lors des conflits, où elle est le plus souvent perçue comme une victime», dit Aurélie Campana. Cela dit, comme les hommes kamikazes, elles appartiennent au camp des dominés. Comme eux, elles ne gagnent que la mort, même si la promesse est faite aux hommes qu’ils se verront ouvrir les portes du paradis.»

Le dialogue de la violence
Un poème tchétchène raconte qu’après avoir massacré tous les hommes d’un village tchétchène, les soldats de l’armée tsariste ont emmené les femmes. Alors qu’ils traversaient un fleuve, les femmes se sont unies pour faire couler l’embarcation. Vengées de la mort de leurs hommes et protégées du déshonneur qui les attendait, elles ont fait naufrage avec les soldats russes. De nos jours, la guerre se passe dans la rue, au cœur du territoire russe, contre les civils. «La violence est devenue un mode de dialogue comme un autre, souligne Aurélie Campana. Les limites du possible sont repoussées. On assiste à une radicalisation de la violence.»


  

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