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La culture de l'angoisse

Les scénarios catastrophiques qu’inspirent les technologies de type Terminator sèmeraient stérilement la peur

Par : Jean Hamann
Main basse sur le vivant, risque de propagation aux autres espèces végétales, contamination des récoltes destinées à la consommation humaine, inféodation des producteurs agricoles aux multinationales productrices de semences, menace à la sécurité alimentaire nationale: la liste des catastrophes que pourraient engendrer les semences-suicide de type Terminator a de quoi faire frémir. Mais elle n’émeut pas François Belzile. «On s’inquiète et on fait des débats au sujet de ces techniques alors qu’elles sont loin d’être prêtes à faire leur entrée sur le terrain, qu’elles ne le seront peut-être jamais, et, qu’en plus, les compagnies qui détiennent les brevets ne semblent pas pousser très fort pour les développer», affirme ce professeur du Département de phytologie.
   
Ce spécialiste de la génétique végétale participait le 28 février sur le campus à une rencontre de l’Observatoire Transgène qui portait sur les technologies de confinement génétique, communément appelées semences-suicide ou technologies Terminator. En théorie, ces technologies rendent stériles les graines des plantes génétiquement modifiées. Les entreprises qui produisent de nouvelles variétés de plantes y voient une façon de protéger leur investissement et d’éviter la propagation d’OGM dans l’environnement. Du coup, ces technologies obligeraient les producteurs à racheter des semences année après année plutôt que compter sur des graines prélevées à même leurs récoltes.
   
La première technologie Terminator  a vu le jour à la fin des années 1990 et a aussitôt soulevé l’ire d’organismes de développement international, de défense des agriculteurs et de l’environnement. Depuis 2000, cette technologie et la dizaine d’autres qui visent les mêmes fins sont sous le coup d’un moratoire qui a été reconduit en 2006 par les pays signataires de la Convention sur la diversité biologique. Ce moratoire interdit l’utilisation de technologies de type Terminator dans les champs ainsi que la commercialisation de lignées végétales qui en découleraient tant que la démonstration de leur innocuité n’aura pas été faite... sur le terrain!

La marche est haute
Au Québec, à la demande du Comité interministériel sur les OGM, la Commission de l’éthique de la science et de la technologie (CEST) doit déposer, d’ici la fin du printemps, un document de réflexion sur les enjeux éthiques du maintien du moratoire. C’est d’ailleurs pour appuyer le CEST dans sa réflexion que l’Observatoire Transgène, un regroupement de chercheurs préoccupés par les impacts scientifiques et sociaux des OGM, s’est réuni sur le campus la semaine dernière. «L’exercice de réflexion n’est pas inutile, mais il s’agit de technologies tellement complexes qu’il est presque utopique de penser qu’elles vont fonctionner parfaitement à toutes les étapes sur le terrain. C’est une chose d’obtenir un brevet pour une idée, mais c’en est une autre de prouver que le procédé fonctionne en situation réelle.  La marche est très haute entre les OGM qu’on connaît et des OGM avec une technologie de confinement génétique», assure le chercheur.
   
Rien n’indique que les compagnies qui détiennent des brevets sur ces technologies travaillent intensivement à leur développement, ajoute-t-il. D’ailleurs, plus le temps passe, plus les brevets vieillissent et moins il semble probable que les entreprises les développeront parce que la période pendant laquelle elles pourraient en tirer des revenus exclusifs raccourcit sans cesse. François Belzile, qui est loin d’être un adversaire inconditionnel des OGM, estime que les opposants aux technologies de type Terminator «y vont un peu fort sur les risques», mais il ne voit pas de justification pour cette technologie dans le contexte actuel. «Si on veut produire des molécules pharmaceutiques à l’aide de plantes OGM tout en minimisant les risques pour l’environnement et pour les humains, il vaudrait mieux utiliser des endroits physiquement confinés, comme d’anciennes mines, et faire appel à des plantes non agricoles plutôt que de se fier à des technologies très complexes qui n’ont pas encore fait leurs preuves.»

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