Recherche

La bonne information

Les firmes de sondages et les journalistes ont une responsabilité partagée quant à l’exactitude, la transparence et la pertinence dans les comptes rendus transmis au public en période électorale

Par : Renée Larochelle
Lorsqu’ils rendent compte des résultats d’un sondage en période électorale, les journalistes respectent-ils les valeurs de transparence, d’exactitude et de pertinence auxquelles on s’attend de leur part? Parfois oui et parfois non, répondent Frédérick Bastien, professeur adjoint au Département d’information et de communication, et François Pétry, professeur titulaire au Département de science politique. Ils ont mené une étude sur la transmission de l'information sur les sondages électoraux au public lors de la campagne électorale fédérale de 2008. En fait, les problèmes qu’ils ont constatés dans cette transmission ne relèvent pas seulement des journalistes, mais aussi des sondeurs. Il s’agirait donc d’une responsabilité partagée entre les deux groupes. «On lance assez fréquemment la pierre aux journalistes à partir de ce qu’on lit dans les journaux, dit Frédérick Bastien. Étant donné la complexité des méthodes statistiques qui servent à produire les sondages, les gens comptent sur les journalistes pour les interpréter correctement. Mais ils ne sont pas les seuls responsables.»

La marge d’erreur
Aux fins de leur recherche, Frédérick Bastien et François Pétry ont examiné les 231 comptes rendus de sondages électoraux parus durant cette période dans La Presse, Le Devoir, The Globe and Mail et le National Post, ceux diffusés dans les journaux télévisés nationaux de fin de soirée à Radio-Canada, TVA, CBC et CTV, de même que les rapports produits par les firmes de sondage. Ils ont constaté que la mention de la marge d’erreur était absente de la grande majorité des comptes rendus journalistiques et des rapports des firmes de sondage, absence qui contrevient à la Loi électorale. Autre manquement à la Loi: l’absence du nombre de personnes jointes lors du sondage, et ce, dans tous les comptes rendus. Selon les chercheurs, les journalistes étaient peu enclins à fouiller les informations méthodologiques manquantes dans les rapports de firmes de sondage, notamment celles permettant de calculer le taux de réponse à leurs enquêtes.

Par ailleurs, lorsqu’ils parlaient de l’état de la course entre deux partis, les journalistes n’interprétaient pas toujours correctement la marge d’erreur applicable aux données. En effet, pour déclarer sans se tromper qu’un parti est en avance sur un autre, l’écart entre les deux partis doit être supérieur au double de la marge d’erreur. Or, quand cet écart était inférieur à la marge d’erreur, les médias ont présenté de l'information inexacte dans 36 % des cas. Enfin, les chercheurs s’interrogent sur la pertinence des sondages portant sur les intentions de vote en début de campagne, alors qu’on sait très bien que beaucoup de gens demeurent indécis jusqu’à la fin.

«Les sondeurs sont les premiers alliés des journalistes dans la production de comptes rendus qui respectent les valeurs de transparence, d’exactitude et de pertinence, explique Frédérick Bastien. Cependant, les journalistes se doivent de faire un bon usage de renseignements contenus dans les rapports des sondeurs, de poser des questions sur les informations manquantes et, aussi, de résister à certaines tentations dans l’interprétation des faits.»
 

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

Demande d’information

Suivez nous!