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Insaisissable anguille

Une étude apporte quelques réponses et de nouvelles questions au sujet des mystérieuses migrations de l'anguille d'Europe

Par : Jean Hamann
Dans l'édition du 25 septembre de la revue Science, une équipe internationale de chercheurs lève une partie du mystère entourant les migrations de l'anguille d'Europe. Grâce au suivi satellite de quelques spécimens, les chercheurs sont parvenus à déterminer pour la première fois le corridor de migration qu'empruntent les adultes pendant les premières semaines du périple de 5000 km qui les conduit de leur rivière d'Europe jusqu'au site présumé de reproduction de l'espèce dans la mer des Sargasses, entre les Bermudes et les Bahamas.
   
«Aucune anguille adulte n'a encore été capturée en mer des Sargasses, précise l'un des auteurs de l'étude, Louis Bernatchez, professeur au Département de biologie. On présume que le site de reproduction de cette espèce s'y trouve parce que des larves ont été capturées dans cette région.» La migration de ces jeunes anguilles est mieux connue. Elles seraient transportées en direction nord-est par les courants marins de l'Atlantique Nord et elles atteindraient les côtes d'Europe de une à trois années plus tard. Après une dizaine d'années de vie en eau douce, les adultes entreprendraient leur migration reproductrice. Une hypothèse avançait que, pour retrouver leur chemin jusqu'au site de ponte, les anguilles faisaient le périple en sens inverse, utilisant des signaux environnementaux emmagasinés en mémoire pour se repérer.
  
C'est grâce à la miniaturisation des radioémetteurs que les chercheurs ont pu tester cette hypothèse. Auparavant, le poids de ces appareils confinait leur usage aux animaux marins de grande taille. À l'automne 2006, les chercheurs ont installé des appareils pesant à peine 42 grammes sur 22 anguilles capturées en Irlande. Ces appareils mesurent à intervalle régulier l'intensité de la lumière, la température et la pression autour du poisson. Comme l'anguille se déplace à grande profondeur, les données ne peuvent être transmises en temps réel au satellite. L'appareil est donc programmé pour emmagasiner les données et pour se détacher de l'animal après une période prédéterminée. Il remonte alors à la surface d'où il peut transmettre ses données et sa position au satellite Argos.
   
Grâce à cette méthode, les chercheurs ont pu suivre les pérégrinations de 14 anguilles sur une distance de 1300 km du 4e au 126e jour suivant leur capture. Les données qu'ils publient dans Science montrent que les adultes ne refont pas à rebours le chemin emprunté aux jours heureux de leur enfance. «Ils se dirigent directement vers le sud-ouest en direction de la mer des Sargasses», constate Louis Bernatchez. Ceci soulève une autre question: de quels signaux se servent les anguilles pour se diriger vers cet endroit par un couloir de migration qu'elles n'ont jamais utilisé? Le chercheur soupçonne que le magnétisme terrestre est en cause.
   
Autre phénomène particulier, les anguilles effectuent chaque jour une importante migration verticale. Le jour, on les retrouve à des profondeurs d'environ 200 mètres alors que la nuit, elles descendent jusqu'à 1000 mètres. «Elles ne sont pas à la recherche de proies parce qu'elles ne se nourrissent tout simplement pas pendant toute la durée de la migration, souligne le professeur Bernatchez. Il se peut que ces déplacements les mettent à l'abri des prédateurs ou encore qu'il s'agisse d'un mécanisme de thermorégulation.» Les eaux de surface, plus chaudes, leur permettraient de maintenir un métabolisme élevé compatible avec la nage alors que les eaux profondes, plus froides, retarderaient le développement des gonades jusqu'à l'arrivée à la mer des Sargasses. «L'étude apporte des éléments de réponses au sujet des migrations de cette espèce, mais elle soulève aussi de nouvelles questions, reconnaît le chercheur. Tout ça ajoute au mystère anguille.»

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