Recherche

Imbroglio chez les patineurs

Une étude soulève un problème identitaire chez des espèces cousines d'insectes aquatiques

Par : Jean Hamann
Les outils moléculaires facilitent l'identification d'espèces similaires, comme ces patineurs d'Europe, qui pourraient autrement être confondues.
Les outils moléculaires facilitent l'identification d'espèces similaires, comme ces patineurs d'Europe, qui pourraient autrement être confondues.
En 2005, alors qu'elles effectuaient la collecte de patineurs dans des mares du Nunavik, l'étudiante-chercheuse Marie-Claude Gagnon et la professeure Julie Turgeon ont capturé quelques spécimens singuliers. La bête en question, Gerris gillettei, n'était pas censée se trouver là: sa répartition connue s'arrête aux régions montagneuses de l'Ouest américain. Lorsque les analyses moléculaires ont confirmé l'identification établie à partir de caractères morphologiques, les deux chercheuses, rattachées au Centre d'études nordiques et au Département de biologie, se sont retrouvées avec une énigme sur les bras: que fait cet insecte à 4 000 km de chez lui? À plus forte raison si l'on considère que les spécimens trouvés au Nunavik étaient dépourvus d'ailes.
   
Au terme d'un travail de détective qui les a conduites à revisiter la taxonomie et la répartition de trois espèces cousines de patineurs nord-américains, les chercheuses avancent, dans un récent numéro du Journal of Biogeography, que l'explication la plus plausible est que ces trois espèces n'en forment que deux! Pourtant, les douze collections entomologiques canadiennes et américaines consultées par les chercheuses donnent un portrait sans équivoque de la situation. G. pingreensis occupe l'ouest des États-Unis et presque tout le Canada, G. gillettei vit uniquement dans les régions montagneuses de l'Ouest américain et G. incognitus se trouve dans l'est et dans l'ouest des États-Unis et du Canada, mais il est absent du centre.

Les analyses génétiques que les chercheuses ont effectuées sur 103 spécimens provenant des quatre coins de l'aire de répartition de ces espèces confirment que, même si une grande distance sépare ses populations de l'est et de l'ouest, G. incognitus ne forme qu'une seule et même espèce. Par contre, G. pingreensis et G. gillettei, qu'on croyait des espèces sœurs, se ressemblent comme des jumelles sur le plan génétique. Tout indique qu'il s'agit de la même espèce qui aurait été mal classée dans le passé. La chose n'étonne pas Marie-Claude Gagnon outre mesure. «La clé d'identification des patineurs est complexe et il est facile de se tromper parce que les deux espèces se ressemblent beaucoup. Même si ça fait maintenant cinq ans que j'étudie G. pingreensis et G. gillettei, il m'arrive encore d'avoir de la difficulté à les distinguer», avoue-t-elle.
   
Les erreurs de classification ne sont pas exceptionnelles chez les insectes, signalent d'ailleurs les deux chercheuses dans leur article. Une étude réalisée en 2004 révélait que, dans les collections muséales, plus de 80 % des spécimens d'un genre de diptère sont mal identifiés. Grâce aux outils moléculaires maintenant à la disposition des chercheurs, il est désormais envisageable de faire le ménage dans les collections muséales ou de s'assurer de l'identité d'espèces très semblables qui font l'objet d'études sur le terrain. «Ce sont des outils fiables et très pratiques qui complémentent le portrait que l'on peut dresser à partir des caractères morphologiques», conclut Marie-Claude Gagnon.

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

Demande d’information

Suivez nous!