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Harnacher l'incertitude

François Anctil et son équipe développent des outils pour intégrer une marge de sécurité dans les prévisions hydrologiques

Par : Jean Hamann
Aux yeux de François Anctil, il y a une chose qui ne fait pas de doute: les modèles de prévisions hydrologiques, qui servent à anticiper le comportement des cours d’eau, sont teintés d’incertitude. Et la raison en est fort simple. Parce qu’il ne tombe pas la même quantité de pluie à la même heure chaque jour au même endroit, ces modèles reposent sur des prévisions météorologiques qui, comme chacun sait, errent à l’occasion. Mais, assure le professeur du Département de génie civil, il y a moyen d’aspirer à plus de certitude en misant sur l’incertitude.
   
C’est d’ailleurs à cette tâche que François Anctil et son équipe s’affaireront au cours des cinq prochaines années au sein de la nouvelle Chaire de recherche EDS en prévisions et actions hydrologiques. Inaugurée officiellement le 16 décembre, cette chaire a été retenue par un jury de sélection au terme d’un concours ouvert, il y a un an, à tous les professeurs de l’Université. La Chaire est financée, à raison de 100 000 $ par année, par l’Institut Hydro-Québec en environnement, développement et société.
   
Pour procéder à la transsubstantiation de l’incertitude en certitude, le professeur Anctil n’a pas l’intention d’élaborer un modèle hydrologique miraculeux. «La recherche du modèle idéal est une quête séculaire chez les hydrologues. Ce modèle n’existe pas encore et il n’existera peut-être jamais, souligne-t-il. Nous voulons plutôt utiliser les modèles existants, mais y rattacher une appréciation de l’incertitude pour aider à la prise de décisions.»
   
Pour faire des prévisions hydrologiques, il faut connaître l’importance des précipitations attendues dans les jours à venir — qui sont tributaires des conditions actuelles de l’atmosphère —, ainsi que l’incertitude qui s’y rattache, explique le chercheur. «Nous voulons utiliser ces conditions et y introduire de légères perturbations. En répétant cet exercice vingt fois, nous obtenons vingt prévisions différentes, ce qui nous donne un éventail de scénarios possibles et une marge de sécurité quant à la justesse des prévisions.» Ainsi, si la moitié des scénarios de débit d’une rivière sont au-delà de la valeur critique qui nécessite l’ouverture des vannes d’un barrage, les gestionnaires sauront qu’ils doivent redoubler de vigilance au cours des prochains jours.
   
L’approche développée à la Chaire aura des applications dans des domaines autres que la gestion des barrages. On pense, entre autres, à la circulation des eaux urbaines, à la prévention des conséquences des sécheresses et des inondations, à l’irrigation et l’épandage de fertilisants dans les champs agricoles et à la préservation des rivières. Dans chacun de ces domaines, les responsables pourront tenir compte de l’ampleur véritable de l’incertitude associée aux prévisions hydrologiques dans leurs décisions, souligne le chercheur.    L’obtention de cette chaire a deux retombées immédiates pour François Anctil. La première est que cette reconnaissance des recherches qu’il mène depuis son arrivée comme professeur à l’Université il y a 13 ans consolidera ses liens avec les experts d’Environnement Canada et du Centre d’expertise hydrique du Québec qui collaborent à ses travaux. La seconde est que le financement plus important et plus stable que lui assure cette chaire vient enlever une partie de l’incertitude qui planait sur le financement à moyen terme de ses recherches. Comme quoi il est possible d’aspirer à plus de certitude en misant sur l’incertitude.

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