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Génétiquement désobéissant?

Chez certains enfants, la persistance du mépris des règles pendant la petite enfance aurait une forte composante génétique, suggère une étude menée par un groupe de psychologues

Certains enfants seraient plus enclins à afficher un mépris des règles à différents moments de la période préscolaire. La stabilité de ce caractère dépendrait à 90 % de facteurs génétiques.
Certains enfants sont plus enclins à afficher un mépris des règles, bien des parents pourront en témoigner. La stabilité de ce trait pendant la petite enfance serait largement ancrée dans les gènes, révèle une étude qui vient de paraître dans Behavior Genetics, sous la plume d'Amélie Petitclerc, Michel Boivin et Ginette Dionne, de l'École de psychologie, et de leurs collègues Daniel Pérusse et Richard Tremblay, de l'Université de Montréal.

Les chercheurs ont évalué l'influence des facteurs génétiques et environnementaux sur le mépris des règles dans un groupe de 597 paires de jumeaux, dont 40 % étaient monozygotes. Grâce à la collaboration des mères, ce trait a été mesuré lorsque les enfants avaient 20, 32, 50 et 64 mois à l'aide d'un questionnaire mesurant la fréquence de la désobéissance, l'absence de remords après coup et la répétition du comportement même après punition. La présence de jumeaux monozygotes – de «vrais» jumeaux partageant 100 % de leurs gènes –, et de jumeaux hétérozygotes – qui partagent en moyenne 50 % de leur bagage génétique – a permis aux chercheurs de quantifier la part des gènes et celle de l'environnement dans les résultats obtenus aux quatre tests.

Les analyses montrent que, à un temps donné, la contribution des facteurs génétiques au mépris des règles est relativement modeste. Elle s'établit à 17 % à 20 mois, puis à 34 %, 37 % et 30 % lors des évaluations subséquentes. Par contre, les facteurs génétiques expliqueraient plus de 90 % de la similitude entre les scores obtenus à chaque évaluation. «Bien que les enfants puissent montrer plus ou moins de mépris des règles à différents moments pendant la période préscolaire, certains enfants demeurent plus enclins que d'autres à afficher ce type de comportements, souligne Amélie Petitclerc. Cet aspect plus stable de leur comportement est expliqué en majeure partie par des facteurs génétiques et non par des facteurs environnementaux.»
   
Souvent associé à d'autres comportements problématiques, le mépris des règles est un comportement perturbateur qui peut perdurer chez l'enfant. Pour cette raison, les chercheurs proposent d'offrir des services ciblés aux familles où les parents ont une histoire de comportements perturbateurs, c'est-à-dire des problèmes persistants de comportements agressifs, conflictuels ou délinquants pendant l'enfance. «Ces personnes risquent de transmettre à leur enfant une prédisposition génétique à adopter de tels comportements, avance Amélie Petitclerc. Les services, qui pourraient commencer pendant la grossesse, auraient comme objectif d'améliorer le milieu de vie familial et les compétences des parents, de les aider à favoriser le développement de leur enfant et de mieux composer avec ses comportements problématiques.»

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