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«Garçon, il y a un cheveu dans ma ciguë!»

Selon Jules Bourque, l’humour a sa place dans la philosophie

Par : Renée Larochelle
Dans un monde idéal, les premiers cours de philosophie suivis au cégep devraient marquer le début d’une belle aventure pour les collégiens et leur permettre de puiser dans une source inépuisable d’idées grâce à des lectures judicieusement choisies. Malheureusement, cette première expérience porte souvent le sceau de la déception pour plusieurs, la philosophie étant présentée comme un domaine aussi aride que le désert du Sahara. C’est pour montrer la face cachée de la philosophie, son côté humoristique en fait, que Jules Bourque a consacré sa thèse de doctorat à l’humour en philosophie. Dans sa recherche dirigée par Thomas De Koninck, Jules Bourque explique que plusieurs penseurs ont privilégié l’emploi du comique ironique ou humoristique au cours des siècles, tant comme moyen de communication que comme façon de critiquer ou d’éclairer les consciences.
   
«Par exemple, dans ses écrits ou dans ses discours, Socrate n’est jamais très loin de vouloir rire de lui-même ou des autres, explique Jules Bourque. Il affiche un sérieux de façade, mais c’est un véritable réservoir à farces et à sketches. Il sait que l’ironie donne de la valeur au sérieux et vice-versa. Parce qu’elles visent parfois les politiciens et les nobles d’Athènes, ses farces ne plaisent pas à tout le monde.» Autre philosophe grec de la rue et éveilleur de consciences, Diogène le Cynique, qui manie l’humour comme un mousquetaire son épée. Sale, poilu et vêtu de son unique manteau, il erre dans les rues d’Athènes, faisant avec finesse la leçon à ses contemporains. «À quelqu’un qui lui demande à quelle heure il faut manger, rapporte Jules Bourque, Diogène répond que “quand on est riche, on mange quand on veut, mais quand on est pauvre, on mange quand on peut”.» Aristote, lui, affirme que «le rire est une puissance et la plaisanterie est un pouvoir».

Des noms farfelus
Plus près de nous, les moralistes La Fontaine et La Bruyère sont à leur manière des philosophes qui nous éclairent sur la nature humaine en utilisant l’humour. «Le premier, dans ses Fables, illustre à quel point les bêtes peuvent être humaines et jusqu’à quel point les humains peuvent être bêtes, dit Jules Bourque. Le second, lui, ne manque pas de relever les défauts et les ridicules des gens dans ses Caractères.» S’il convient qu’il serait vain trouver quelque trace d’humour dans les écrits du philosophe allemand Emmanuel Kant, Jules Bourque accorde cependant une bonne note à Kierkegaard, qui n’hésite pas à se donner des noms tout à fait farfelus comme Nicolas Notabene, Anti-Climacus, Frater Taciturnus ou Hilarius Le Relieur, et à donner de drôles de titres et de sous-titres à ses œuvres tels Post-scriptum aux Miettes philosophiques: composition mimico-pathético dialectique, apport existentiel.
   
«Il est temps de redonner à la pensée humoristique la place qui lui revient dans nos collèges et dans nos universités, estime Jules Bourque. Dans leurs programmes, les facultés de philosophie devraient introduire quelques cours moins sérieux, ou plutôt empreints du sérieux de l’humour. Gageons qu’une pareille mesure améliorerait le taux de rétention scolaire et augmenterait le nombre des inscriptions. La demande pour un humour relevé subsistera aussi longtemps que l’homme aimera allier le sourire à la pensée, et le ridicule à la réflexion.»

        

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