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Faire passer la pilule ou pas?

Une étude propose d'uniformiser les politiques encadrant l'utilisation des médicaments offerts aux unités d'enseignement en médecine familiale

Le manque d'uniformité dans les règles régissant l'utilisation des échantillons offerts par les pharmaceutiques et la méconnaissance de ces règles font ressortir la nécessité de mettre en place des politiques communes à toutes les unités d'enseignement de médecine familiale du Québec.
Une étude qui vient d'être publiée dans la revue Canadian Family Physician révèle qu'il y a cinq ans, près de 80% des unités d'enseignement de médecine familiale (UEMF) du Québec acceptaient les échantillons que leur offraient les compagnies pharmaceutiques et que le tiers de ces unités n'avaient pas de politiques concernant l'utilisation de ces médicaments. «La situation n'a pas beaucoup changé depuis. Nous venons d'ailleurs de recevoir une subvention pour développer une politique commune et la faire connaître dans toutes les UEMF», explique l'une des auteurs de l'étude, Caroline Rhéaume, professeure à la Faculté de médecine et chercheuse au Centre de recherche de l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec.

L'idée de mener cette étude s'est imposée au fil de discussions entre la professeure Rhéaume et ses collègues. «Nous avons constaté qu'il y avait une méconnaissance des politiques concernant l'acceptation et l'utilisation des échantillons offerts par les pharmaceutiques dans les UEMF de la région. Nous nous sommes associés à des chercheurs des trois autres universités québécoises qui forment des médecins de famille pour brosser un portrait d'ensemble de la situation», résume-t-elle.

Les réponses fournies par les responsables de 42 UEMF et par 859 professionnels de la santé travaillant dans ces unités ont permis de dresser les constats suivants:

  • 79% des UEMF acceptent les échantillons que leur offrent les compagnies pharmaceutiques
  • au moment de l'étude, l'inventaire de ces échantillons atteignait plus de 382 000 doses provenant de 292 compagnies
  • 67% des professionnels de la santé utilisent ces produits dans le cadre de leur pratique
  • 30% des UEMF qui acceptent les échantillons n'ont pas de politique encadrant leur usage
  • 51% des professionnels de la santé ne savent pas s'il existe une telle politique dans leur unité
  • 26% des unités n'ont pas de politique régissant leurs relations avec l'industrie pharmaceutique
  • près de 75% des répondants sont favorables ou très favorables à l'adoption de politiques réglementant les échantillons gratuits et les rapports avec les pharmaceutiques


La distribution d'échantillons gratuits est autorisée par la Loi sur les aliments et drogues, mais plusieurs experts estiment qu'elle devrait être bannie ou à tout le moins étroitement encadrée par des lignes directrices strictes. «Le problème est que cette pratique risque d'influencer les comportements de prescription des médecins, souligne Caroline Rhéaume. Elle pourrait aussi favoriser l'utilisation de médicaments qui ne sont pas le traitement de premier choix. De plus, il se peut que l'échantillon donné à un patient ne figure pas dans son dossier, de sorte qu'il pourrait être difficile de détecter des interactions possibles avec d'autres médicaments. Pour la sécurité des patients, il vaut mieux procéder par la voie de la prescription», estime-t-elle.

«Le manque d'uniformité dans la façon d'utiliser et de gérer ces échantillons et le manque de connaissance des professionnels de la santé quant à l'existence de politiques font ressortir la nécessité de mettre en place des politiques uniformes dans toutes les UEMF du Québec, résume la professeure Rhéaume. C'est l'objectif du projet que nous entreprenons maintenant.»

Cette étude a donné lieu à trois articles publiés dans le Canadian Family Physician. Les auteurs en sont Caroline Rhéaume, Michel Labrecque, Nadine Moisan, Jacky Rioux, Émilie Tardieux, de l'Université Lacal, Fatoumata Binta Diallo et Marie-Thérèse Lussier, de l'Université de Montréal, Andréa Lessard, de l'Université de Sherbrooke, et Roland Grad et Pierre Pluye, de l'Université McGill.

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