Recherche

Examen médical

Les médecins font peu participer leurs patientes à la prise de décision entourant le dépistage de la trisomie 21

Par : Jean Hamann
Les médecins de famille déploient peu d'effort pour faire participer les femmes enceintes à la prise de décision entourant le dépistage prénatal de la trisomie 21, révèle une étude menée par des chercheurs de la Faculté de médecine. L'effort fait en ce sens par les médecins est qualifié de minimal par les chercheurs dans l'étude qu'ils publient dans un récent numéro de la revue scientifique Prenatal Diagnosis.
   
Susie Gagnon, Michel Labrecque, Merlin Njoya, François Rousseau, Sylvie St-Jacques et France Légaré ont obtenu le consentement de 41 médecins de famille et de 128 femmes enceintes pour enregistrer leurs échanges lors de la visite médicale de routine effectuée 8 à 12 semaines après le début d'une grossesse. C'est lors de cette visite que la question entourant le dépistage des maladies génétiques, en particulier le syndrome de Down, ou trisomie 21, doit être abordée. Cette maladie est la cause la plus fréquente de retard mental chez l'enfant. Le dépistage prénatal de la trisomie 21 est possible, mais la procédure comporte des risques: l'enfant peut subir des séquelles, il peut y avoir avortement spontané et les résultats des tests sont parfois erronés. Comme les différentes options possibles comportent leur lot d'incertitude et que les valeurs de la mère sont déterminantes dans les choix qui seront faits, le dépistage de la trisomie 21 est une situation qui appelle la prise de décision partagée, soulignent les auteurs de l'étude.
   
Dans pareille situation, le rôle du médecin consiste à exposer clairement le problème et le fait qu'il y a plus d'une option pour y faire face. Il doit aussi transmettre les connaissances qui reposent sur des données probantes, passer en revue les avantages et les inconvénients de chaque option et les probabilités qui y sont associées, explorer les attentes et les craintes de la patiente, s'assurer de la compréhension de la patiente et du rôle qu'elle souhaite jouer dans la prise de décision et, enfin, indiquer que la décision peut être prise ou reportée, résume France Légaré. Les chercheurs ont vérifié si les choses se passaient bien ainsi dans le cabinet du médecin à l'aide d'un outil conçu explicitement pour évaluer le degré de prise de décision partagée. Les médecins obtiennent leurs meilleurs scores lorsqu'il s'agit de soulever l'existence du problème et la nécessité de prendre une décision, de présenter les options possibles, d'en décrire les avantages et les inconvénients et d'inciter la patiente à poser des questions. Par contre, ils semblent peu s'attarder aux préoccupations et aux peurs des patientes, ils négligent de demander aux patientes à quel point elles souhaitent être impliquées dans la prise de décision, ils ne demandent pas sous quelle forme elles préfèrent recevoir l'information sur le dépistage de la trisomie 21 et ils soulignent rarement la possibilité de reporter la décision et de faire un suivi. Les chercheurs ont également noté que la durée moyenne des consultations est de 6,5 minutes, ce qui semble court pour exposer un problème complexe d'une telle importance. Les médecins qui accordent plus de temps à leurs patientes sont ceux qui obtiennent les meilleurs scores au chapitre de la prise de décision partagée.
   
Même si la charge de travail des médecins de famille est déjà lourde, la professeure Légaré croit qu'il y a moyen d'aménager une plus grande place à la prise de décision partagée en médecine. D'abord, suggère la titulaire de la Chaire de recherche en implantation de la prise de décision partagée dans les soins primaires, il faudrait mieux former les résidents et les médecins aux comportements associés au partage de la décision. On pourrait également redessiner le processus décisionnel, ajoute-t-elle. Ainsi, avant la première rencontre avec son médecin, la patiente pourrait recevoir de l'information qui lui permettrait de mieux se préparer. La chercheuse évoque aussi la possibilité de créer un poste de conseiller, qui pourrait être assumé par un médecin ou un autre professionnel de la santé formé à cette fin, afin d'aider les patientes dans leur réflexion et leur prise de décision. 
   
L'avènement d'une médecine qui accorde une plus grande place au patient dans la prise de décision peut sembler une commande de taille dans le contexte actuel des soins de santé. Néanmoins, à la lumière d'une autre étude de la professeure Légaré, qui montre que les comportements associés au partage de la décision peuvent être modifiés par des interventions concrètes, tant chez les médecins que chez les patients, il y a lieu de croire qu'il ne s'agit pas d'un concept purement utopique.

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

Demande d’information

Suivez nous!