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Êtes-vous prêts pour la nutrigénétique?

Neuf personnes sur dix seraient disposées à adapter leur alimentation en fonction de leur profil génétique

Notre façon de métaboliser les aliments dépend de notre génétique. Les tests nutrigénétiques permettent de formuler des recommandations nutritionnelles individualisées qui tiennent compte de ce fait.
Selon une enquête réalisée par une équipe de l'Université Laval, 91% des gens seraient prêts à adapter leur alimentation en fonction de leur profil génétique. Cette volonté serait particulièrement marquée chez les personnes qui croient porter des gènes les prédisposant à certaines maladies, rapportent les chercheurs dans un article publié par la revue Genes & Nutrition.

Bastien Vallée Marcotte, Hubert Cormier, Véronique Garneau, Julie Robitaille, Sophie Desroches et Marie-Claude Vohl, de l'École de nutrition, de l'Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels et du Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval, ont mené une enquête en ligne auprès de 2 238 personnes résidant au Québec. Les participants devaient répondre à 37 questions portant sur la nutrigénétique. Ce néologisme vous est inconnu? Vous êtes en bonne compagnie puisque 83% des répondants ignoraient eux aussi la signification de ce terme.

«La nutrigénétique s'intéresse au rôle des variations génétiques dans la réponse aux aliments ainsi qu'à leurs répercussions sur les risques de maladies associées à l'alimentation», explique la responsable de l'étude, Marie-Claude Vohl. À titre d'exemple, des travaux menés par son équipe ont montré que la prise d'oméga-3 entraînait une baisse moyenne des triglycérides sanguins de l'ordre de 15%. Cette réponse est toutefois très variable d'une personne à une autre et elle peut même se traduire par une augmentation des triglycérides chez certains sujets. «Ces différences sont associées à la présence de certaines variations génétiques, souligne la chercheuse. Il y a des gens dont la génétique est telle que les oméga-3 ne parviendront jamais à abaisser leur taux de triglycérides.»

Les mêmes constats s'appliquent pour le métabolisme de tous les aliments, qu'il s'agisse de macronutriments, de vitamines, de caféine, d'alcool ou autres, ce qui ouvre la porte à des recommandations nutritionnelles individualisées reposant sur le profil génétique de chacun. Selon l'enquête menée par la professeure Vohl et ses collaborateurs, les Québécois sont très ouverts à cette nouvelle façon de personnaliser les conseils sur l'alimentation. Le désir de se prêter à des tests nutrigénétiques et d'adapter son alimentation en fonction des résultats est particulièrement élevé chez les gens souffrant d'hypertension, d'obésité ou de diabète de type 2 ou chez ceux ayant des proches atteints de maladies chroniques liées à l'alimentation.

Les répondants montrent un intérêt prononcé pour les recommandations nutrigénétiques touchant les protéines, les glucides, les gras et les gras saturés. Par contre, ils sont plutôt tièdes par rapport à celles touchant la caféine, l'alcool, le gluten et le lactose. «Les gens veulent des conseils personnalisés sans être noyés dans une mer d'information. Leur grande crainte est d'être privés de certains plaisirs associés à la nourriture», constate la professeure Vohl.

Plusieurs entreprises américaines et deux entreprises canadiennes offrent déjà des tests nutrigénétiques. Il faut évidemment une certaine expertise pour convertir les résultats de ces tests en recommandations nutritionnelles. «Les nutritionnistes estiment qu'elles sont les professionnelles de la santé les mieux placées pour assurer ce service, signale Marie-Claude Vohl. Par contre, elles sont encore peu nombreuses à utiliser ces tests dans leur pratique. L'Ordre professionnel des diététistes du Québec et Les diététistes du Canada offrent des formations pour les nutritionnistes qui veulent acquérir des connaissances dans ce domaine. À l'Université Laval, nous avons intégré du contenu sur les tests nutrigénétiques dans nos programmes de formation. Il s'agit d'un domaine en émergence et il faut préparer les nutritionnistes à relever ce nouveau défi.»

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