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Erreur sur la cible?

Des chercheurs découvrent par quelle voie un dérivé du DDT favoriserait la prolifération des cellules cancéreuses du sein

Par : Jean Hamann
Les épidémiologistes qui étudient le cancer du sein sont confrontés à un paradoxe. D’une part, ils savent que les femmes qui ont un taux élevé d’œstrogène dans le sang courent plus de risque d’être frappées par cette maladie. D’autre part, la majorité des études épidémiologiques n’ont pu établir de lien entre l’exposition environnementale à des composés œstrogéniques, notamment des organochlorés comme l’insecticide DDT, et le risque de cancer du sein. Des chercheurs de la Faculté de médecine et de l’Institut national de santé publique du Québec pourraient bien avoir résolu ce paradoxe en élucidant le mécanisme par lequel un dérivé du DDT favoriserait la prolifération des cellules cancéreuses. Dans le dernier numéro de Breast Cancer Research, Michel Aubé, Christian Larochelle et Pierre Ayotte rapportent que le DDE, principal composé de dégradation du DDT dans le corps humain, interférerait avec les hormones mâles qui bloquent naturellement la prolifération des cellules du sein.
   
En conditions normales, les hormones femelles (œstrogènes) stimulent la multiplication des cellules mammaires, alors que les hormones mâles (androgènes) la freinent. Les trois chercheurs ont donc placé une lignée de cellules cancéreuses sensibles aux deux types d’hormones sexuelles dans des milieux de culture contenant différentes concentrations de DDE. Dans les milieux exempts d’hormones, les cellules cancéreuses ne répondaient pas à une hausse du DDE. Par contre, en présence simultanée d’hormones mâles et femelles, les cellules cancéreuses proliféraient en fonction de la concentration de DDE. Les chercheurs ont démontré que l’effet inhibiteur des hormones mâles sur la multiplication des cellules du sein disparaissait en présence du DDE, tout comme en présence d’un composé reconnu pour ses propriétés antiandrogéniques, l’hydroxyflutamide.
   
Ces résultats viennent confirmer l’hypothèse que les trois chercheurs avaient avancée dans une étude antérieure après avoir observé que la concentration de DDE était associée à l’agressivité des tumeurs chez les femmes atteintes d’un cancer du sein. «La voie de signalisation des androgènes, qui inhibe le développement des cellules du sein, semble perturbée par le DDE», constatent-ils. Ce composé bloquerait les récepteurs d’androgènes à la surface des cellules mammaires, ce qui ouvrirait la voie à la prolifération des cellules cancéreuses.
   
Selon les chercheurs, ce mécanisme expliquerait pourquoi les études épidémiologiques n’ont pas démontré de lien clair entre l’abondance de composés aux propriétés œstrogéniques dans l’environnement et le risque de cancer du sein. Des recherches portant sur des composés antiandrogéniques qui, comme le DDE, bloquent l’action des hormones mâles apporteraient peut-être un éclairage nouveau sur la question, croit Pierre Ayotte.

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