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Ergonomie: À la conquête de l'espace

L’aménagement des bibliothèques doit prendre en compte la santé des travailleurs, plaident des ergonomes

Par : Jean Hamann
Quand vient le temps de penser l’aménagement d’une bibliothèque, il faut tenir compte des besoins des usagers, bien sûr, mais il ne faut pas oublier pour autant que ce lieu constitue aussi un milieu de travail pour les personnes qui y oeuvrent chaque jour de leur vie. C’est dans cet esprit qu’a été rédigé l’ouvrage La bibliothèque, un lieu de travail: guide pratique en ergonomie pour concevoir les espaces, lancé la semaine dernière à Québec dans le cadre du 33e congrès de l’Association pour l’avancement des sciences et des techniques de la documentation (ASTED).
   
Signé par Élise Ledoux, de l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et sécurité au travail (IRSST), et par Marie Bellemare, Louis Trudel, Sylvie Montreuil, Micheline Marier et Marie Laberge, de l’Université Laval, ce livre rassemble les grandes leçons tirées par les auteurs au terme de trois années de recherches menées dans des bibliothèques du Québec, grâce à l’appui de l’IRSST. «Notre objectif était de trouver des façons d’intégrer l’ergonomie aux projets d’aménagement, de réaménagement ou de construction dans les bibliothèques publiques», explique Sylvie Montreuil, professeure au Département des relations industrielles. Les jurys chargés d’évaluer les projets de construction ou de réaménagement regroupent des gens qui ont diverses préoccupations, mais qui accordent souvent beaucoup d’importance à l’esthétisme et aux coûts qu’aux aspects liés à la santé des travailleurs.
   
Prévenir à la source
Un constat étonnant explique la démarche des chercheurs: les troubles musculo-squelettiques (TMS) sont monnaie courante chez les quelque 2 200 employés – à 95 % des femmes - des bibliothèques publiques québécoises. En effet, une étude exploratoire réalisée en 2000 par l’étudiante-chercheure Marie Laberge auprès de 400 employés de bibliothèques a révélé que 90 % des répondants disaient avoir ressenti des symptômes de TMS au cours de l’année précédente, que 67 % de ces personnes avaient consulté un professionnel de la santé à ce sujet et que 30 % avaient dû s’absenter temporairement du travail en raison de ce problème. Ces TMS frappaient surtout le dos (68 % des répondants), les membres supérieurs (64 %) et la région de la nuque et du cou (54 %). «Il nous est apparu qu’un projet de construction ou de réaménagement constituait une opportunité de faire de la prévention à la source, souligne Sylvie Montreuil. En intégrant des préoccupations ergonomiques à toutes les étapes du projet, on peut agir sur les facteurs de risques et ainsi contribuer à prévenir les TMS dans les bibliothèques.»
   
Pour élaborer ce modèle d’intégration de l’ergonomie aux projets menés dans les bibliothèques, les chercheurs ont procédé en trois temps. Ils ont d’abord procédé à une analyse a posteriori  de 19 projets de réaménagement dans le but d’établir ce qui avait bien ou mal fonctionné. Ils sont ensuite allés sur le terrain pour observer les employés dans leur environnement naturel afin d’établir les tâches qu’ils accomplissent réellement et ainsi déterminer les facteurs de risques des TMS. Enfin, ils ont éprouvé leur modèle d’intervention en agissant comme conseillers en ergonomie dans un projet de réaménagement et dans un projet de construction de bibliothèque.
   
Dans leur ouvrage, publié par les éditions ASTED et l’APSAM, les auteurs constatent qu’il n’y a pas de plan passe-partout applicable à toutes les bibliothèques. Par contre, il y a des grands principes à respecter et une façon de faire qui peuvent assurer un aménagement ergonomique des espaces. Les auteurs présentent d’ailleurs un coffre à outils qui permet d’élaborer le meilleur scénario possible adapté à chaque situation. Le coffre comprend notamment une grille d’évaluation destinée aux jurys de sélection qui tient compte des critères ergonomiques. «La prévention des TMS, ce n’est pas juste une question de hauteur de poste de travail. C’est une question de choix d’aménagement, de services et d’organisation du travail, insiste Sylvie Montreuil. Parce qu’elle oblige une réflexion sur ces choix, nous croyons que la prévention des TMS dans les bibliothèques est tout à fait compatible avec la qualité du service aux usagers.»

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