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En toute objectivité

L’information de qualité aura toujours bonne presse auprès du public

Par : Renée Larochelle
Pour les journalistes québécois, l’objectivité est une notion épineuse. S’ils s’accordent à dire que l’objectivité totale dans le domaine n’existe pas, elle possède une grande valeur à leurs yeux et demeure un idéal vers lequel doit tendre leur pratique. C’est l’un des nombreux constats que dresse Philippe Marcotte dans son mémoire de maîtrise intitulé Le discours de légitimation des journalistes québécois: l’idéologie à l’œuvre. Aux fins de cette recherche supervisée par Jean Charron et Jean de Bonville, professeurs au Département d’information et de communication, Philippe Marcotte a analysé les propos d’une trentaine de journalistes et d’une dizaine de cadres (rédacteurs en chef, directeurs de l’information, etc.) travaillant dans différents médias d’information comme La Presse, Le Devoir, Le Journal de Montréal, ainsi que pour la télévision de Radio-Canada, TVA et TQS.
    
«Même le plus engagé des journalistes tient toujours à se dire, en quelque lieu, objectif, dit Philippe Marcotte. La notion d’objectivité permet alors non pas de décrire son travail, mais de le rendre valable et légitime pour lui et pour les autres.» Cette prise de position était adoptée par les deux types de journalistes analysés par le chercheur, selon qu’ils étaient «conservateurs», définis comme ayant une conception essentiellement politique du métier, et les «innovateurs», ces derniers croyant au contraire que les nouvelles pratiques étaient supérieures à celles d’hier.
   
Si les «innovateurs» affirmaient qu’on pouvait faire un texte court ou un reportage punché sans pour autant qu’il perde en profondeur, les «conservateurs», nostalgiques d’un certain âge d’or du journalisme, étaient beaucoup plus réticents face au sensationnalisme et aux raccourcis dans l’information. Enfin, les «innovateurs» étaient davantage sensibles à la question des cotes d’écoute ou du lectorat régissant le marché de l’information, tandis que les «conservateurs» avaient tendance à reléguer cet aspect aux oubliettes. Malgré ces divergences, toutes les personnes interrogées s’accordaient à dire que la limite à ne pas franchir était celle de l’insertion manifeste de leur opinion dans l’information. Quant aux cadres, ils se situaient majoritairement dans le pôle innovateur, de manière plus marquée que les journalistes pris dans leur ensemble. 

La crédibilité avant tout
Selon Philippe Marcotte, ce constat est peu étonnant, les cadres étant nommés à ces postes justement parce qu’ils soutiennent l’innovation. «En tant que cadres, rapporte le chercheur, ils défendent leurs intérêts. De fait, plusieurs d’entre eux tiennent un discours qui s’apparente à celui qu’on pourrait trouver chez un chef d’entreprise: ils parlent de marché, de coûts et de stratégies.» Cela dit, l’information de qualité est loin d’être en danger, qu’elle soit diffusée électroniquement ou sur papier, croit Philippe Marcotte qui vient d’entreprendre un doctorat en communication publique sur les rapports entre les journalistes et le public. «Ce qui sauvera la presse papier, c’est d’abord et avant tout sa crédibilité, dit-il. Il y aura toujours des journaux de la trempe du Devoir ou du Wall Street Journal, pour ne citer que ces exemples. Les ados et les jeunes adultes qui s’informent aujourd’hui presque exclusivement sur Internet reviendront un jour à la presse papier. Quand la télévision a fait son apparition dans les années 1950, d’aucuns ont prédit la mort de la radio. Pourtant, la radio ne s’est jamais aussi bien portée qu’aujourd’hui.»








    

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