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En pièces détachées

Le dramaturge Michel Tremblay délie les langues et continue de faire parler son monde

Par : Renée Larochelle
«Qu’il vienne de Paris, de Chibougamau ou de La Paz, tout écrivain qui dit des choses pertinentes est par définition universel. En ce sens, tout bon écrivain mérite d’être traduit.» Prononcées dans un silence quasi religieux par le romancier Michel Tremblay, ces paroles ont conclu en quelque sorte la table ronde bien particulière qui a eu lieu le 1er novembre, au pavillon La Laurentienne, à l’occasion du 1er colloque mondial de l’Association internationale des études québécoises (AIQ) et du Centre interuniversitaire d’études québécoises (CIEQ). Le thème de ce colloque était «Culture québécoise et valeurs universelles» et avait lieu à l’occasion du 400e anniversaire de Québec.

Au cours de cette activité de clôture qui visait à faire mieux connaître la résonance de l’œuvre de Tremblay à travers le monde, quatre professeures et chercheuses de diverses universités ayant en commun d’avoir développé une véritable passion pour l’écrivain ont partagé leurs découvertes. Professeure à l’Université de Sofia en Bulgarie, Rennie Yotova traduit actuellement trois pièces de Tremblay en bulgare, soit Le vrai monde? (1987), Albertine en cinq temps (1984) et L'Impératif présent (2003). Selon elle, ces pièces soulèvent des questions essentielles et universelles comme l’incommunicabilité entre les êtres et le pardon qu’on peut accorder ou non aux êtres qui nous ont blessés. Pour arriver à rendre ce qu’elle appelle «la bizarrerie du joual», Rennie Yotova a même inventé une langue de son cru aux accents bulgares populaires. De son côté, Carmen Mata Barreiro, professeure à l’Université autonome de Madrid en Espagne, admire au plus haut point la pièce Albertine en cinq temps, traduite en castillan et en catalan, pour son exploration de la psyché féminine à différents âges de la vie.

Le meilleur auteur
Avant de tomber tout à fait par hasard sur Les belles-sœurs alors qu’elle effectuait une maîtrise en littérature française, Vijayalakshmi Rao de l’Université Jawaharfal Nehru en Inde, n’avait jamais entendu parler de littérature québécoise de sa vie et encore moins de Michel Tremblay. La lecture en anglais de cette pièce qui a révolutionné le théâtre québécois a été pour elle une révélation. Dévorant tous ses livres, elle a décidé de faire sa thèse de doctorat sur le thème de l’homosexualité dans l’œuvre de Michel Tremblay. «Mes étudiants adorent Hosanna et À toi, pour toujours, ta Marie-Lou, dit-elle. Mais Les belles-sœurs, traduite en hindi et en tamoul, demeure sans contredit la pièce la plus populaire.» Le mot de la fin appartient à Rachel Killick, de l’Université de Leeds au Royaume-Uni, qui a étudié le phénomène de l’immense popularité de Tremblay en Écosse en tant que dramaturge. «Les Écossais se sont retrouvés dans Les belles-sœurs, explique Rachel Killick, notamment sur les plans du contexte sociopolitique et de l’identité nationale. Ils ont fait de Michel Tremblay l’un des leurs et en parlent même comme du meilleur auteur de pièces de théâtre que l’Écosse ait jamais eu.»

Pour couronner cette table ronde, chaque panéliste a lu dans sa langue maternelle des extraits de différentes pièces de Tremblay, comme autant de femmes qui ont pu prendre la parole et s’exprimer à travers des personnages tragiques plus grands que nature.

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