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En parfait état de marche?

Les traumatismes crâniens cérébraux laissent des séquelles qui peuvent être révélées par l'étude de la locomotion

Par : Jean Hamann
Philippe Fait et Bradford McFadyen invitent les cliniciens à faire preuve de prudence avant d'autoriser les victimes de traumatisme crânien à reprendre leurs activités normales.
Philippe Fait et Bradford McFadyen invitent les cliniciens à faire preuve de prudence avant d'autoriser les victimes de traumatisme crânien à reprendre leurs activités normales.
Même après avoir recouvré une vitesse et une assurance de marche normales, les victimes de traumatismes crâniens cérébraux n'ont pas forcément récupéré toutes leurs fonctions locomotrices. C'est ce que révèle une étude que des chercheurs du Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale (CIRRIS) publient dans une récente édition de la revue scientifique Archives of Physical Medicine and Rehabilitation.
   
Philippe Fait et Bradford McFadyen, du CIRRIS et du Département de réadaptation, Jean-François Cantin, Guylaine Duchesneau et Denyse Dumas, de l'Institut de réadaptation en déficience physique de Québec, et leurs collègues montréalais Bonnie Swaine et Julien Doyon ont comparé la mobilité de 11 personnes qui avaient subi un traumatisme crânien modéré ou sévère à celle de 7 sujets d'âge et de physique comparables qui étaient exempts de problèmes neurologiques. Les sujets du groupe traumatisme crânien étaient apparemment rétablis et la plupart avaient recommencé leurs activités normales au moment où ils ont pris part à l'étude.
   
Dans un laboratoire spécialement équipé à cette fin, les sujets des deux groupes devaient parcourir en marchant un circuit sur lequel les chercheurs pouvaient installer des obstacles à enjamber. Des interférences visuelles ou auditives pouvaient aussi être ajoutées pour compliquer la tâche. Ainsi, tout en continuant à se déplacer, les sujets devaient énoncer le plus rapidement possible la couleur d’un mot projeté brièvement sur un écran; ces mots («rouge», «vert» et «bleu») étaient d'une couleur qui ne correspondait pas toujours au mot en question (le mot «rouge» pouvait être écrit en lettres vertes). Le test d'interférence auditive consistait à identifier correctement le sexe de locuteurs invisibles qui prononçaient le mot «homme» ou «femme». «Nous tentons de reproduire en laboratoire les conditions qui prévalent en situation réelle lorsqu'une personne se déplace et que son cerveau est accaparé par plusieurs tâches simultanément, souligne Bradford McFadyen. Dans la vie courante, les conditions sont souvent plus complexes, plus imprévisibles et on ne consacre pas toute notre attention à la locomotion.»
   
Les tests effectués par les chercheurs montrent que, dans une situation simple où il n'y a ni obstacle, ni interférence sensorielle, les capacités des sujets des deux groupes s'équivalent sur les plans vitesse de déplacement et évitement d'obstacles. Par contre, dans le groupe traumatisme crânien, la vitesse diminue et le temps de réponse augmente lors des tests avec obstacles ou interférences sensorielles. De plus, la distance entre le pied et l'obstacle à enjamber est plus faible chez les sujets du groupe traumatisme crânien.
   
«La mobilité est complexe et nos résultats suggèrent que, même si les victimes de traumatisme crânien modéré ou sévère semblent avoir recouvré leurs capacités locomotrices, des séquelles subsistent dans une situation multitâche», résume le professeur McFadyen. Le chercheur admet que les différences entre les deux groupes sont minces, mais il estime qu'elles peuvent tout de même avoir un impact dans la vie courante. «Tout dépend des activités auxquelles se livrent les personnes. Si elles occupent un travail de bureau, les conséquences peuvent être négligeables. Par contre, si elles travaillent dans un environnement physique complexe comme une usine ou qu'elles ont à circuler régulièrement dans des escaliers, elles peuvent alors être plus sujettes aux accidents.»
   
Selon l'opinion éclairée du chercheur, il y a de bonnes chances que les effets résiduels du traumatisme crânien soient permanents, mais des exercices de réadaptation pourraient en atténuer l'ampleur. Il invite d'ailleurs les cliniciens à faire preuve de prudence avant d'autoriser les victimes de traumatisme crânien à reprendre leurs activités normales. Le professeur McFadyen et ses collaborateurs travaillent à la mise au point d'un test locomoteur simple, applicable en clinique, qui les aiderait à prendre cette décision.

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