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Eau secours?

Certains traitements maison réduisent considérablement la quantité de produits chimiques dans l’eau du robinet

Par : Jean Hamann
Les pichets avec filtre au charbon activé semblent être la méthode maison la plus efficace pour débarrasser l’eau du robinet des sous-produits de désinfection. C’est ce que conclut, dans un récent numéro de la revue scientifique Water Research, une équipe de cinq chercheurs qui a comparé les méthodes les plus communément employées par la population pour améliorer la qualité de l’eau provenant du robinet.

Steven Lévesque, Christine Beaulieu, Jean Sérodes et Manuel Rodriguez, du Centre de recherche en aménagement et développement (CRAD), et François Proulx, du Service de l’environnement de la Ville de Québec, ont mesuré les concentrations des deux principales classes de sous-produits de désinfection – les trihalométhanes (THM) et les acides haloacétiques (AHA) – dans des échantillons d’eau du robinet soumis à divers traitements maison. Ces sous-produits proviennent de réactions chimiques entre le chlore utilisé pour désinfecter l’eau brute et la matière organique naturellement présente dans l'eau. « Ils n'affectent pas l'odeur ou la saveur de l'eau, mais en concentrations élevées, on les soupçonne d’augmenter les risques de certains cancers », souligne Manuel Rodriguez. Les États-Unis ont réglementé les concentrations acceptables des sous-produits de désinfection dans l’eau potable. En 2001, le Québec a adopté des normes pour les THM auxquelles les municipalités doivent se plier d’ici juin 2008. « Par contre, les AHA ne sont pas encore réglementés, précise le chercheur, mais il est prévu qu’ils le seront d’ici quelques années.»



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On estime qu’environ la moitié des citoyens de la région de Québec consomment exclusivement ou à l’occasion de l’eau embouteillée ou de l’eau filtrée


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Trois traitements
Les chercheurs ont soumis des échantillons d’eau prélevés dans des résidences de Québec à trois traitements que les gens utilisent couramment pour en améliorer le goût, l’odeur ou l’apparence, sans nécessairement soupçonner qu’ils peuvent influencer les concentrations des sous-produits de désinfection. Ces traitements sont l’entreposage au frigo, l’entreposage au frigo après ébullition et l’entreposage au frigo dans un pichet muni d’un filtre au charbon activé. Leurs analyses ont révélé que, après un entreposage de 48 heures au froid, ces traitements enlevaient respectivement 30 %, 87 % et 92 % des THM. Il faut cependant noter que, dans les deux premiers cas, l’eau devait être entreposée dans des récipients sans couvercle pour atteindre pareilles réductions. Les résultats sont moins probants pour les AHA, des composés peu volatils en comparaison aux THM. En effet, l’entreposage direct et l’entreposage après ébullition n’ont eu aucun effet sur les AHA. Par contre, le pichet avec filtre au charbon activé a réduit leur concentration de 66 %.
   
Manuel Rodriguez ne recommande pas pour autant le recours systématique à ces pichets. «Si vous vivez dans une municipalité qui dispose d’un bon système de traitement de l’eau, les normes sont probablement respectées et il n’est pas nécessaire de faire subir des traitements supplémentaires à l’eau», estime le chercheur qui vit à Québec et qui ne craint nullement de consommer l’eau du robinet. «Par contre, si je vivais dans une municipalité où il y a régulièrement des avis de faire bouillir l’eau ou si je savais que l’eau contient des concentrations élevées de AHA, j’envisagerais le recours aux manipulations maison de l’eau. » On estime qu’environ la moitié des citoyens de la région de Québec consomme exclusivement ou à l’occasion de l’eau embouteillée ou de l’eau filtrée.

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