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Dr. Jekyll ou Mr. Hyde?

L’utilisation thérapeutique des cellules souches humaines sème espoir et crainte

Par : Jean Hamann
Comme le balancier d’une horloge, les cellules souches oscillent entre le bien et le mal, selon le point de vue idéologique de celui qui les regarde et selon le type de cellules souches dont il est question. Voilà, en résumé, ce qui se dégage du débat «Cellules souches humaines: un potentiel? un péril?», présenté par le Conseil interconfessionnel de la région de Québec et le Centre Québec Ixthus, le jeudi 15 février, au Musée de la civilisation, dans le cadre de la série «Dialogues sociaux chrétiens».

Les cellules souches sont des cellules non différenciées qui peuvent être transformées en n’importe quel tissu du corps, à condition de se retrouver dans un milieu qui contient les bons facteurs de différenciation. Les cellules qui se forment dans les premiers jours suivant la fécondation d’un ovule sont, par définition, l’archétype de la cellule souche. Elles sont aussi au coeur d’un épineux débat éthique: est-il moralement acceptable de créer un embryon et d’utiliser ses cellules souches pour soigner des malades et sauver des vies? Par ailleurs, les scientifiques ont découvert d’autres sources moins problématiques de cellules souches, notamment dans la moelle épinière, dans la peau, dans le liquide amniotique et dans le cordon ombilical. «Pour l’instant, on ne sait pas jusqu’à quel point le potentiel de ces cellules souches somatiques diffère de celui des cellules souches embryonnaires», a précisé François Pothier, professeur au Département des sciences animales et membre du Centre de recherche en biologie de la reproduction.

D’entrée de jeu, Éric Wingender, doyen de l’École de théologie évangélique de Montréal, a admis que deux raisons motivaient son pessimisme face à l’éventualité que des cellules souches soient utilisées à des fins thérapeutiques. La première, le système scientifique lui-même. «La science a produit des choses extraordinaires, mais elle a une dynamique qui ne connaît qu’une vitesse: en avant toute. Ce système n’a ni frein, ni autodiscipline. Si on peut le faire, on va le faire. Surtout qu’il y a une imbrication grandissante de la science et des intérêts commerciaux.» La seconde, la culture prévalente actuelle. «Nous traversons une époque dominée par l’hédonisme et nous tentons de nous prémunir contre l’éruption de toute manifestation du tragique dans nos vies. Des événements comme la maladie, les handicaps et la mort sont vus comme des aberrations auxquelles nous ne parvenons pas à donner un sens. La différence est méprisée et rejetée plutôt que d’être acceptée et accueillie.»

Sans surprise, le Vatican s’est prononcé contre la production et l’usage scientifique et thérapeutique des cellules souches embryonnaires humaines, mais il a donné son aval à l’utilisation des cellules souches adultes à des fins thérapeutiques. «L’Église catholique romaine ne préconise pas la passivité face à la maladie, a fait valoir Bernard Keating, professeur de bioéthique à la Faculté de théologie et des sciences religieuses. Le christianisme a toujours été associé à la guérison. La souffrance et la mort doivent être combattues et repoussées.» L’éthicien constate toutefois qu’on assiste à une désacralisation étonnante du corps humain et à une modification du rapport au corps, dont on change les pièces comme dans une machine. Il s’inquiète aussi des écarts d’une «science qui n’accepte aucune limite à l’extérieur de sa propre sphère».

«Si je devenais père aujourd’hui, je ferais congeler le cordon ombilical de mon enfant», a affirmé sans hésitation François Pothier. Ce service est déjà offert aux parents moyennant des frais pour en assurer la conservation dans l’azote liquide. «S’il advenait quelque chose à mon enfant, on pourrait utiliser les cellules souches contenues dans le cordon pour le soigner. Ça ne fait de tort à personne et on a rien à perdre.» Par contre, pas question pour lui de faire appel à des cellules souches embryonnaires. «C’est un point de vue tout à fait personnel, pas celui d’un biologiste. Sur le plan scientifique, je sais qu’un bouton embryonnaire est un amas de cellules, qui ne sont pas différentes des autres cellules, mais ça me dérangerait de toucher à un embryon. Par contre, j’ai beaucoup de difficulté à accepter le destin et la mort d’un enfant. Les cellules souches somatiques me permettent de concilier ces positions.»

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