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Dompter ses fantômes

Le manque de contrôle d'un membre amputé est lié aux douleurs fantômes

Par : Jean Hamann
Les douleurs fantômes dans un membre amputé seraient moins fréquentes chez les gens qui maîtrisent bien les mouvements de leur membre disparu. Voilà l'étonnante conclusion à laquelle arrivent des chercheurs du Centre interdisciplinaire de recherche et réadaptation et intégration sociale (CIRRIS) qui ont étudié ce curieux phénomène chez huit personnes amputées d'un bras. Leur étude, publiée dans un récent numéro de la revue Neuroscience, porte à penser qu'un programme de réadaptation visant à améliorer le contrôle moteur d'un membre amputé pourrait soulager les douleurs fantômes qui hantent environ la moitié des amputés.
   
La majorité des personnes qui subissent une amputation ont l'impression que leur membre «est encore là». Dans les six premiers mois qui suivent la chirurgie, 90 % des gens disent percevoir des sensations en provenance du membre disparu. Ce phénomène s'atténue avec le temps, mais même après une vingtaine d'années, les trois quarts des amputés ressentent occasionnellement la présence de leur membre fantôme et la moitié éprouve parfois de la douleur.
   
Martin Gagné, Sébastien Hétu et Catherine Mercier, du CIRRIS, et leur collègue Karen Reilly, du CNRS en France, ont mesuré la capacité de contrôle d'un membre amputé chez huit sujets, dont cinq étaient victimes de douleurs fantômes. Les participants devaient exécuter une série de mouvements de la main, du poignet et du coude avec leur membre intact tout en faisant les mêmes mouvements — virtuels ceux-là — du côté de leur membre amputé. Les chercheurs notaient le temps requis pour effectuer ces mouvements ainsi que l'activité musculaire produite par trois muscles de chacun des bras.
   
Les chercheurs ont ainsi démontré que les "mouvements" du membre amputé généraient des patrons reproductibles de contractions musculaires dans les muscles du moignon. «En temps normal, ces muscles n'interviennent pas dans le contrôle des mouvements de la main, souligne Catherine Mercier. Il y a donc des commandes motrices spécifiques qui sont activées pour contrôler les muscles du membre amputé. Il semble qu'après l'amputation, il y a une réorganisation motrice qui survient dans les muscles qui sont situés anatomiquement le plus près de la main disparue.»
   
Cette réorganisation serait en cause dans les douleurs fantômes. En effet, la capacité de contrôle des mouvements d'un membre fantôme varie beaucoup d'une personne à l'autre et elle semble liée aux douleurs que ressentent les sujets dans le membre disparu. Les chercheurs rapportent que les sujets qui éprouvent de telles douleurs ont mis trois fois plus de temps à exécuter la série de mouvements que ceux qui sont épargnés par ce problème.
   
À la lumière de ces résultats, Catherine Mercier croit qu'il serait possible de soulager les douleurs qui affligent les personnes amputées grâce à un programme visant l'amélioration du contrôle moteur du membre fantôme. Celles-ci disent souvent avoir l'impression que leur membre disparu est immobilisé dans une position inconfortable, comme si elles étaient victimes d'une crampe. «En entraînant le membre fantôme, on peut en améliorer le contrôle moteur, assure la professeure du Département de réadaptation. Les tests montrent que cette approche donne des résultats chez deux patients sur trois.» L'utilisation de prothèses contrôlées par les muscles du moignon contribuerait aussi à réduire ces douleurs parce qu'elle favorise la réorganisation motrice dans la région de l'amputation.

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