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Destination: mer des Sargasses

Une nouvelle étude vient confirmer la destination de la migration reproductrice de l'anguille d'Amérique

Par : Jean Hamann
À l'aide des données enregistrées par un appareil fixé à l'anguille, les chercheurs peuvent reconstituer le trajet qu'elle a emprunté pendant sa migration.
À l'aide des données enregistrées par un appareil fixé à l'anguille, les chercheurs peuvent reconstituer le trajet qu'elle a emprunté pendant sa migration.
Une, c'est bien, mais cinq, c'est mieux. Voilà la leçon qu'on pourrait tirer des deux dernières études que l'équipe du professeur Julian Dodson, du Département de biologie, a menées sur la migration reproductrice de l'anguille d'Amérique. Les travaux de ces chercheurs semblent maintenant avoir levé tout doute possible sur la localisation géographique de l'unique lieu de reproduction de cette espèce de poisson.

La zone océanique vers laquelle convergent les anguilles pour se reproduire fait l'objet de spéculations depuis plus d'un siècle. Bien que de jeunes anguilles fraîchement écloses aient été capturées dans la mer des Sargasses dès 1904, aucune anguille adulte n'a jamais été observée de visu dans cette zone du triangle des Bermudes. Il y a trois ans, toutefois, Julian Dodson et ses collaborateurs rapportaient avoir établi, par suivi satellite indirect, le parcours migratoire d'une anguille jusqu'à la mer des Sargasses. S'il se trouvait des sceptiques qui jugeaient qu'une seule anguille ne constituait pas une preuve suffisante, ils seront confondus par une nouvelle étude, publiée dans Marine Ecology Progress Series, qui porte à cinq le nombre d'anguilles que les chercheurs ont suivies jusqu'à cette région océanique.

Parce qu'elles demeurent continuellement sous l'eau, parfois à des profondeurs atteignant 1 km, les anguilles ne peuvent être facilemement géolocalisées. Les chercheurs font donc appel à des émetteurs satellites dotés d'une mémoire qui enregistre la date, l'heure, la température, la profondeur et la luminosité. Ces émetteurs sont programmés pour se détacher à une date donnée, remonter à la surface et transmettre leurs données à un satellite. «À l'aide de ces données et de modèles océaniques, nous pouvons reconstituer avec une bonne précision le trajet migratoire de chaque anguille», explique le professeur Dodson.

Lors de leur précédente étude, les chercheurs avaient installé ces émetteurs sur 28 anguilles, mais une seule avait conservé son émetteur satellite jusqu'à la mer des Sargasses. «Il y avait un problème avec le dispositif d'attache qui faisait que l'émetteur se libérait plus tôt que prévu, explique le chercheur. Depuis, nous avons apporté certains correctifs et, dans notre dernière étude, nous rapportons les trajets empruntés par 17 anguilles. Douze émetteurs se sont encore détachés prématurément, mais 5 émetteurs ont tenu le coup jusqu'à la mer des Sargasses.»

Ces poissons ont été suivis entre 15 et 58 jours sur des trajets variant de 630 à 2 750 kilomètres. Ils ont franchi entre 35 et 54 kilomètres par jour, tout en effectuant une migration verticale quotidienne dans la colonne d'eau. «Pendant le jour, les anguilles nagent en zones profondes, dans l'obscurité, sans doute pour éviter les prédateurs, avance le professeur Dodson. Pendant la nuit, elles se rapprochent de la surface, là où les eaux sont plus chaudes, ce qui facilite leurs déplacements et favorise leur maturation sexuelle. Elles pourraient aussi y récolter des informations qui les aideraient à s'orienter vers leur destination.»

En raison du détachement précoce des émetteurs, les chercheurs ont peu d'informations sur les déplacements des anguilles une fois qu'elles ont atteint la mer des Sargasses. «Nous espérons pouvoir corriger ce problème afin d'étudier le comportement des anguilles entre le moment de leur capture en octobre jusqu'à la fin de la période de reproduction en avril. Nous sommes aussi en discussion avec des chercheurs français pour tester une nouvelle génération d'émetteurs de plus petite taille», souligne le professeur Dodson.

L'article paru dans Marine Ecology Progress Series est signé par Mélanie Béguer-Pon et Julian Dodson, du Département de biologie, Martin Castonguay, de Pêches et Océans Canada, et Shiliang Shan, de l'Université Dalhousie.

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