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Des symboles immortels

Témoins de leur époque, les modes funéraires se succèdent sans se ressembler

Par : Renée Larochelle
En 1967, une partie du cimetière de Saint-Frédéric de Beauce, petite municipalité fondée en 1851, est désacralisée afin d’élargir l’actuelle route 112 qui passe à proximité. Des sépultures sont déplacées et la route est recouverte. Trente-huit ans plus tard, soit à l’été 2005, de nouveaux travaux sont entrepris sur cette même portion de route. L’archéologue Richard Fiset, qui surveille le chantier, y découvre la présence de plusieurs sépultures. Les travaux sont alors suspendus afin de permettre des fouilles plus poussées. Au bout du compte, 300 pièces de quincaillerie de cercueils et plus de 40 objets profanes et de piété seront exhumés, pour la plupart en très bon état de conservation. Par pièces de quincaillerie, on entend ces objets pratiques ou symboliques fabriqués à partir de métal ou d’alliage de métaux entrant dans la fabrication d’un cercueil, telles des poignées, charnières, plaques ou vis décoratives. Étudiante à la maîtrise en histoire, Rébecca Janson a fait de ces précieuses découvertes le sujet de sa recherche supervisée par Réginald Auger, professeur d’archéologie, et Martine Roberge, professeure d’ethnologie.
   
«Bien que les archéologues ont pendant longtemps pensé que les cercueils les plus ornés ou présentant le plus grand nombre de pièces de quincaillerie appartenaient aux défunts issus d'un milieu plus aisé, il appert que l'équation n'est pas toujours aussi simple, révèle Rébecca Janson. En effet, les modes funéraires de la fin du 18e siècle, et tout spécialement du 19e siècle, sont liées à l'ère de l'industrialisation et de l'urbanisation qui a amené des changements importants dans les rituels liés à la mort. Des innovations technologiques, telle la machine à mouler la quincaillerie de cercueil, combinées à celles du transport et de la vente — des catalogues illustrés apparaissent aux États-Unis vers le milieu du 19e siècle —, s'insèrent dans un contexte culturel précis qui nourrira le phénomène de “l'enjolivement de la mort” (beautification of death).» Ayant vu le jour sous l’ère victorienne, ce phénomène culturel majeur a profondément affecté les pratiques funéraires partout en Occident et le village de Saint-Frédéric n’a pas échappé à la règle. Ce trait culturel s’illustre assez clairement dans les pays anglo-saxons où le terme désignant le cimetière est passé de «graveyard» à «cemetery», qui vient du latin coemeterium, signifiant «se reposer», «dormir».

Les vitres de regard
La forme de plusieurs pièces de quincaillerie retrouvées dans le village beauceron reflète ce sentiment de vie et d’immortalité, dont le soleil (symbole de résurrection et d’immortalité), le bouquet de blé (don de vie), la faucille (renouvellement du cycle des moissons), la rose (immortalité, renaissance mystique et régénération) et les feuilles de chêne (puissance et longévité). Par ailleurs, plus de 20 % de cercueils découverts à Saint-Frédéric de Beauce contenaient des fragments de «vitres de regard». De forme ovale, ronde ou rectangulaire, cette vitre était apposée sur une ouverture pratiquée dans la partie supérieure du cercueil. Si cette pratique pourrait s’expliquer par un désir particulier d’orner le cercueil, une conversation qu’a eue Rébecca Janson avec le descendant du fondateur de la Maison Lépine, une entreprise funéraire fondée en 1845, montre que la vitre de regard était utilisée comme mesure de protection pour les endeuillés lors de l’exposition du corps du défunt à cercueil fermé lorsque la personne était morte d’une maladie contagieuse.
   
«Aujourd’hui, les rites funéraires sont de plus en plus simples, souligne Rébecca Janson. Le faste de l’époque victorienne a disparu. Certains auteurs disent même que nous sommes passés d’une mort bavarde à une mort muette.»

 
 
 

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