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Des salaires qui stagnent ou se détériorent

La rémunération de la plupart des travailleurs québécois tire de la patte depuis une trentaine d’années

Le mouvement Occupy à Montréal, le 15 octobre 2011. Ce mouvement international de protestation ciblait principalement les inégalités économiques et sociales, dont les inégalités de revenu.
Le mouvement Occupy à Montréal, le 15 octobre 2011. Ce mouvement international de protestation ciblait principalement les inégalités économiques et sociales, dont les inégalités de revenu.
L’économie du savoir et ses emplois bien rémunérés, les innovations organisationnelles qui sont porteuses d’une autonomie accrue pour le travailleur, ou la baisse marquée, en usine, des emplois très contraignants sur le plan physique: autant de phénomènes qui laissent croire que la qualité de l’emploi a fait un bond en avant depuis un quart de siècle. Pourtant, le portrait n’est pas si rose en ce qui concerne les salaires. «La rémunération stagne ou diminue depuis une trentaine d’années», affirme Paul-André Lapointe, professeur au Département des relations industrielles.

Le 6 novembre, au pavillon J.-A.-DeSève, le professeur Lapointe a fait part des résultats d’une recherche qu’il a menée sur l’évolution de la qualité de l’emploi au Québec. Son échantillon, constitué de données de Statistique Canada, couvrait la période située de 1961 à 2010. «Le sommet des salaires a été atteint au milieu des années 1970, dit-il. En 2010, on n’avait pas encore rattrapé ce sommet.» Selon lui, aujourd’hui, en valeur réelle ajustée au coût de la vie, on gagne moins, en moyenne, que ce qu’on gagnait il y a une trentaine d’années. «Toutefois, poursuit-il, les salariés les mieux rémunérés ont vu leur situation s’améliorer, alors que les autres ont vu leurs revenus stagner ou se détériorer. Cela a grandement contribué à accroître les inégalités de revenu.»

Au Québec, comme au Canada, la notion de qualité de l’emploi n’a pas suscité beaucoup d’intérêt, jusqu’à présent, de la part des chercheurs. Une des rares études sur le sujet a été publiée récemment par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). Elle couvre la période comprise entre 1997 et 2011. Les chercheurs ont découvert que les emplois de faible qualité auraient diminué de 7,7% durant la période étudiée. En revanche, les emplois de qualité moyenne auraient augmenté de 1,8%. La palme revient cependant aux emplois de qualité élevée dont la proportion aurait grimpé de 5,9%. Par qualité élevée, l’Institut entend des emplois permanents et à qualification élevée, et dont le salaire horaire, en 2011, était de 17,75$ et plus.

Paul-André Lapointe s’inscrit en faux contre ces pourcentages. «Dans mon étude, indique-t-il, j’ai considéré plusieurs indicateurs de mesure. L’ISQ, lui, n’a retenu que l’indicateur le plus favorable, ce qui permet de voir les choses de façon plus positive. En outre, sous prétexte d’exclure les étudiants de leur échantillon, ils ont exclu les salariés les plus faiblement rémunérés, lesquels représentent de 10 à 15% de la main-d’œuvre.»

Selon lui, plusieurs syndicats ont dû accepter des concessions salariales pour leurs membres au cours des 20 dernières années. Ce phénomène a eu pour conséquence une certaine dégradation des revenus. Au cours de cette période, pour compenser la stagnation et le déclin des salaires, l’endettement a crû fortement, au point de représenter aujourd’hui en moyenne quelque 150% du revenu des salariés.

«Derrière l’évaluation de la qualité de l’emploi, soutient Paul-André Lapointe, c’est l’évaluation des politiques publiques relatives au travail et à l’emploi, du système économique dans son ensemble et des stratégies des acteurs sociaux qui sont en cause.»

Le professeur souligne que le salaire minimum réel a diminué au fil des ans et que seulement 50% des chômeurs se qualifient, aujourd’hui, pour les prestations d’assurance-emploi. Il ajoute que la situation appelle à une réflexion globale. «Avec d’autres, poursuit-il, je soutiens la thèse que les financiers ont changé le régime capitaliste. Dans le passé, les salaires étaient vus comme une demande de consommation. Ils sont désormais considérés comme un coût qu’il faut chercher à réduire le plus possible.»

Quatre forces agiraient sur la rémunération. D’abord, la financiarisation qui a pour effet de tirer vers le haut les revenus des salariés les mieux rémunérés. Ensuite, les politiques publiques qui créent un plancher salarial, lequel s’est abaissé. Il y a aussi la mondialisation. Ce phénomène met en concurrence tous les salariés de la planète sur la base des coûts de main-d’œuvre. Ce faisant, l’ensemble de la pyramide des salaires se trouve tiré vers le bas. «Quant au syndicalisme, explique Paul-André Lapointe, il a pour effet d’augmenter la classe moyenne, mais celle-ci s’affaiblit. La solution passe par le renforcement du syndicalisme. Une telle force créerait une classe moyenne plus importante qui, en plus, tirerait vers le haut les faibles salariés.»

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