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Des réponses dans la neige

Des chercheurs définissent l’habitat hivernal de prédilection des caribous forestiers en les suivant à la trace

Par : Jean Hamann
Les populations de caribou forestier sont en déclin partout au pays, au point où l’animal est considéré «menacé» par le comité chargé de veiller sur les espèces en péril. En vertu de la loi canadienne, l’habitat essentiel du caribou forestier doit donc être défini et protégé. Pas facile toutefois de délimiter ce qu’est cet habitat considérant le vaste territoire fréquenté par cet animal qui arpente la forêt boréale du Labrador jusqu’au Yukon. Et la chose semble encore plus complexe à la lumière d’une étude publiée dans le Journal of Applied Ecology qui démontre la grande plasticité dont fait preuve cet animal quand vient le temps de choisir les milieux dans lesquels il se réfugie pour traverser la critique période hivernale.
   
Daniel Fortin, professeur du Département de biologie et cotitulaire de la Chaire de recherche industrielle CRSNG-Université Laval en sylviculture et faune, Réhaume Courtois, Claude Dussault et André Gingras, du ministère des Ressources naturelles et de la Faune, et Pierre Etcheverry, de la firme Activa Environnement, ont caractérisé l’habitat d’hiver du caribou forestier du Québec  en suivant ses pistes dans la neige. Entre 1999 et 2005, de la fin février à la fin mars, des vols à basse altitude ont été effectués au-dessus de la moitié sud de l’aire de répartition de cet animal, ce qui représente un immense territoire de 162 000 km2 de forêt boréale, situé entre les 48e et 52e parallèles. Lorsqu’un réseau de pistes était repéré, les chercheurs retournaient dans cette zone le lendemain, à bord d’un hélicoptère cette fois, pour cartographier, toujours à l’aide des pistes, les limites de la zone intensivement utilisée par le caribou. En mettant ces cartes en relation avec les caractéristiques biophysiques du milieu, les chercheurs ont découvert que les préférences du caribou changeaient d’est en ouest et du sud au nord de l’aire d’études. Ainsi, l’abondance des conifères, des lichens et des routes forestières favorisait la présence de l’espèce dans une partie du territoire, mais elle avait l’effet contraire dans la partie opposée.
   
À vue de museau, on pourrait croire que cette variabilité rend impossible le travail des biologistes chargés de délimiter l’habitat essentiel du caribou forestier, mais il n’en est rien, assure le professeur Fortin. «La sélection d’habitats du caribou résulte d’un compromis entre ses différents besoins, et son habitat essentiel varie en fonction du milieu dans lequel il se trouve. Par exemple, lorsque le lichen est abondant partout, c’est un autre facteur qui devient déterminant.»
  
Le chercheur propose donc de définir l’habitat essentiel en fonction des gradients géographiques de différents paramètres du milieu. La carte qui en résulte illustre la probabilité de retrouver un caribou dans un secteur donné compte tenu de tous ces gradients. «Le message principal de notre étude est que l’habitat essentiel du caribou forestier n’est pas le même d’un bout à l’autre de son aire de répartition. Il faudra que ceux qui ont à définir cet habitat en tiennent compte dans leurs réflexions», souligne le chercheur qui a d’ailleurs conseillé les autorités fédérales sur la question.

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