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Des oméga-3 pour les muscles

Des chercheurs de l’INAF font la démonstration que la consommation d’oméga-3 marins favorise la synthèse des protéines musculaires

Par : Jean Hamann
OMÉGA 3
OMÉGA 3
Les vertus des acides gras oméga-3 provenant des animaux marins ne s’arrêteraient pas à la prévention des maladies cardiaques, du cancer de la prostate, de la maladie d’Alzheimer, de l’arthrite et de la dépression. Ces molécules auraient aussi un effet positif sur le métabolisme des protéines musculaires, vient de démontrer un groupe de chercheurs de l’Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels (INAF). Cette découverte, publiée dans un récent numéro du Journal of Physiology, pourrait avoir des incidences dans le domaine de l’élevage animal de même qu’en santé humaine, laissent entendre les chercheurs.
   
Chez les mammifères, la capacité d’utiliser les acides aminés provenant de l’alimentation pour les convertir en protéines musculaires se perd avec l’âge. La cause exacte du phénomène n’est pas parfaitement connue, mais la résistance à l’insuline des cellules musculaires n’y serait pas étrangère. Comme les acides gras oméga-3 marins ont un effet positif sur le métabolisme du glucose chez les gens et les animaux qui montrent une résistance à l’insuline, les chercheurs de l’INAF ont voulu savoir si ces molécules ne pouvaient pas également influencer le métabolisme des protéines.
   
Pour tirer la question au clair, ils ont ajouté, à la ration normale de boeufs, un supplément d’huile contenant soit des oméga-3 provenant d’un poisson - l’alose tyran - soit un mélange d’huile de graines de coton et d’huile d’olive dépourvu d’oméga-3. Après cinq semaines, les animaux qui recevaient des oméga-3 montraient une sensibilité accrue à l’insuline, ce qui s’est répercuté sur le métabolisme des protéines: deux fois plus d’acides aminés étaient mobilisés par leur organisme pour synthétiser des protéines, notamment dans les muscles. Il semble que les acides gras oméga-3 ajoutés à leur ration aient remplacé d’autres acides gras présents dans la membrane des cellules musculaires. Cette substitution améliorerait la fluidité de la membrane ainsi que le fonctionnement de la machinerie de ces cellules.
   
Cette découverte – qui constitue la première démonstration que la composition en oméga-3 marins des membranes régule le métabolisme des protéines - pourrait avoir des répercussions importantes en production animale, avance Carole Thivierge, du Département des sciences animales, qui explique avoir entrepris cette étude pour trouver une solution de rechange à la stimulation hormonale de la croissance chez le bétail. À partir de l’âge de 4 à 6 mois, les veaux deviennent moins efficaces pour convertir la nourriture en masse musculaire, ce qui a une incidence sur la rentabilité des élevages. «L’ajout d’huiles de poisson à leur ration pourrait peut-être prévenir ce déclin en restaurant la sensibilité à l’insuline que ces animaux avaient auparavant. De plus, ceci pourrait contribuer à réduire la quantité de rejets dans l’environnement puisque les animaux à qui nous avons donné des oméga-3 marins mangent spontanément 10 % moins de nourriture pour atteindre un même gain de poids», souligne-t-elle.
   
La restauration de la sensibilité à l’insuline par les oméga-3 marins pourrait aussi prévenir la perte de masse musculaire chez les personnes âgées et, du coup, le cortège de problèmes de santé qui accompagne ce phénomène, croit Carole Thivierge. Par ailleurs, la chercheuse estime que ces acides gras pourraient aussi faciliter la tâche aux athlètes qui s’entraînent en vue d’accroître leur masse musculaire. «Il ne s’agit pas d’un produit miracle, prévient-elle. Il faut que les muscles soient sollicités par des exercices pour qu’il y ait une réponse du côté de la synthèse des protéines chez les personnes de moins de 50 ans dont la masse musculaire n’est pas en déclin. Ce ne sont pas les mêmes mécanismes qui sont impliqués dans les deux applications potentielles.»
   
La recherche, publiée dans le Journal of Physiology, est signée par Andrée-Anne Gingras, Phillip James White, Yvan Chouinard, Luce Dombrowski, Alexandre Myre, Karen Bergeron, André Marette et Carole Thivierge, de l’INAF, Pierre Julien, de la Faculté de médecine, Yvon Couture et Pascal Dubreuil, de l’Université de Montréal, et Teresa Davis, du Baylor College of Medicine de Houston.

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