Recherche

Des graines qui sèment de l'espoir

Des chercheurs confirment les propriétés antibiotiques d'une plante saharienne utilisée en médecine traditionnelle

Par : Jean Hamann
Le peptide antimicrobien a été isolé dans les graines de l'Oudneya africana. C'est souvent dans cette partie des plantes que sont concentrées leurs molécules de défense.
Le peptide antimicrobien a été isolé dans les graines de l'Oudneya africana. C'est souvent dans cette partie des plantes que sont concentrées leurs molécules de défense.
Une plante du Sahara utilisée depuis des siècles pour favoriser la cicatrisation des plaies et pour prévenir les infections contient véritablement une molécule antibiotique. La démonstration en a été faite par Riadh Hammami et Ismail Fliss, du Département des sciences des aliments et de nutrition, qui ont testé l'effet d'un extrait de graines d'Oudneya africana sur des bactéries et des champignons pathogènes. Les deux chercheurs rattachés à l'Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels livrent les résultats de ces tests dans un article qu'ils signent, avec cinq chercheurs de l'Université de Tunis-El Manar et de l'Université de Lille, dans un récent numéro de la revue Microbiology and Immunology.
   
L'Oudneya africana est une plante sauvage qui croît dans les régions arides d'Algérie, de Tunisie et de Libye. Traditionnellement, on applique ses feuilles, ou une décoction visqueuse qu'on en tire, sur les plaies pour prévenir les infections. Afin d'établir si cette pratique avait un fondement scientifique, les chercheurs ont fabriqué un extrait, qu'ils ont nommé AS-3000, à partir des graines de cette plante et ils en ont évalué l'effet sur la croissance de bactéries et de champignons pathogènes. «Nous avons utilisé les graines parce que c'est souvent là que sont concentrées les molécules de défense des plantes, explique le stagiaire postdoctoral Riadh Hammami. Les protéines et les peptides bioactifs qui s'y trouvent protègent les graines et les plantules contre les agents pathogènes.»
  
Le AS-3000 contient un peptide qui s'est révélé capable d'inhiber la croissance de nombreux agents infectieux bactériens et fongiques dont L. monocytogenes, E. coli, S. aureus, P. aeruginosa, et C. albicans. Les tests ont aussi révélé que ce peptide accroît l'efficacité de nombreux antibiotiques, notamment, l'ampicilline, l'érythromycine, la pénicilline G, la streptomycine, la tétracycline et la vancomycine. À titre d'exemple, l'effet inhibiteur de l'ampicilline est 2,3 fois plus grand lorsqu'elle est utilisée avec le AS-3000. «Il nous reste encore beaucoup de travail à faire, mais nous croyons tenir une molécule antimicrobienne prometteuse», estime Riadh Hammami.
  
Au cours des dernières années, la recherche de solutions aux problèmes causés par la résistance aux antibiotiques a conduit à la découverte de nombreuses molécules animales et végétales possédant des propriétés antimicrobiennes. Toutefois, la plupart ne franchissent pas l'étape des tests de toxicité chez l'humain. Selon le chercheur postdoctoral, les plantes médicinales constituent un bon filon à explorer compte tenu du fait que leur utilisation séculaire n'a pas révélé de problèmes flagrants de toxicité.

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

Demande d’information

Suivez nous!