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Des «déplacés» climatiques dans le Grand Nord?

Au Nunavik, l’amollissement du sol dû au réchauffement du climat et à la croissance démographique pourrait forcer le village de Salluit à s’agrandir à une bonne distance de son emplacement actuel

Par : Yvon Larose
Le promontoire rocheux de Tikiraatsiaq est situé à deux kilomètres du village de Salluit, au Nunavik. Il fait partie des possibilités évoquées comme solutions au casse-tête qui confronte les autorités de cette petite communauté de quelque 1 200 habitants située à l’extrémité nord de la péninsule d’Ungava, dans le Grand Nord québécois. D’une part, une soixantaine de logements supplémentaires, pour accommoder quelque 300 personnes, devraient être nécessaires d’ici 20 ans. D’autre part, le sol argileux et salin, autrefois gelé 12 mois par an, est devenu, à cause du réchauffement climatique, impropre à la construction tout en présentant des risques très élevés d’instabilité.

«La population de Salluit devra vraisemblablement se pencher sur la possibilité d’agrandir le village dans une région éloignée de la vallée actuelle», indique la professeure Nathalie Barrette, spécialiste en climatologie au Département de géographie et membre de l’Institut Hydro-Québec en environnement, développement et société. Le 17 avril, elle a prononcé une conférence sur les conséquences des changements climatiques pour les communautés nordiques à l’occasion d’un séminaire sur l’équité environnementale. Le contenu de sa présentation provenait en bonne partie d’études réalisées ces dernières années par les chercheurs du Centre d’études nordiques, sous la supervision de Michel Allard, professeur au Département de géographie.

Selon Nathalie Barrette, le promontoire de Tikiraatsiaq, avec sa superficie de 300 000 mètres carrés offrant un accès facile à la mer, ne serait pas l’emplacement idéal. «Le problème avec Tikiraatsiaq, souligne-t-elle, c’est qu’il est très exposé aux vents dominants. Des vents de plus de 80 km/h sont chose quasi quotidienne. Il y aurait donc un inconfort climatique pour les personnes qui seraient déménagées dans cette zone. De plus, la population serait divisée. Cela pourrait modifier la cohésion sociale.»

Une autre solution évoquée pour répondre aux besoins en terrain est la vallée de Kiggaluk. Située à neuf kilomètres de Salluit, elle présente une superficie plus grande que celle de la vallée de Salluit. Mais elle est loin du village. En plus, il coûterait très cher d’aménager une route pour s’y rendre, compte tenu des deux rivières et des escarpements rocheux à franchir. On considère aussi la possibilité de remblayer une partie de l’estran. Des conséquences environnementales non négligeables sur le milieu naturel côtier seraient cependant à prévoir.

En septembre 1998, un glissement de terrain en surface s’est produit à Salluit. Un été chaud et le sol argileux riche en glace, de même que la concentration du drainage et l’empilement de la neige au cours de l’hiver précédent auraient provoqué le phénomène. «Cet épisode a mené au déménagement d’une vingtaine de maisons sur de nouveaux remblais construits dans le centre du village, ce qui a restreint davantage l’espace pouvant être aménagé», explique Nathalie Barrette.

La plus grande partie du village est bâtie sur un sol salin. Par endroits, cette salinité est suffisamment élevée pour abaisser le point de fusion de la glace contenue dans le sol de quelques dixièmes de degré. «Un tel sédiment, même légèrement sous 0° C, peut donc demeurer non gelé et moins résistant mécaniquement», soutient-elle.

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