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Des champs de rêves?

Malgré un bilan mitigé, l’éthanol constitue un investissement préférable à l’inaction pour l’avenir de la planète, estime l’économiste Bruno Larue

Par : Jean Hamann
Les aléas de la température peuvent créer d'importantes fluctuations dans la production annuelle de maïs et, conséquemment, d'éthanol.
Les aléas de la température peuvent créer d'importantes fluctuations dans la production annuelle de maïs et, conséquemment, d'éthanol.
L’éthanol tarde à livrer les retombées promises par ses promoteurs. En effet, jusqu’à présent, les répercussions de cet agrocarburant sur l’environnement, l’indépendance énergétique nationale et le développement économique des régions seraient, au mieux, faiblement positives. Seuls les producteurs agricoles ont clairement profité du développement de ce combustible, a soutenu Bruno Larue, qui prenait part à l’événement ÉcoConseil «Les agrocarburants: on avance ou on recule?», le 22 janvier à l’UQAC.
   
Selon les données présentées par le professeur du Département d'économie agroalimentaire et des sciences de la consommation, l’éthanol produit à partir de maïs n’est pas exactement une aubaine sur le plan environnemental. La culture de cette céréale et la production d’éthanol sont exigeantes en engrais, en herbicides et en eau. De plus, même si l’objectif d’intégrer 5 % d’éthanol dans le carburant utilisé au Canada était atteint, la réduction des émissions de gaz à effet de serre résultante équivaudrait à peine à 1 % des engagements canadiens prévus dans le protocole de Kyoto. Le coût des réductions d’émission obtenues grâce à cette filière se chiffre au minimum à 300 $ la tonne de CO2, alors que d’autres approches plus efficaces y arrivent pour 45 $ la tonne. «Il faudrait développer de nouvelles technologies pour améliorer la performance environnementale de l’éthanol», estime le professeur Larue.

Des stratégies à revoir
L’argument voulant que l’éthanol accroisse la sécurité énergétique nationale en réduisant la dépendance au pétrole étranger bat aussi de l’aile. Aux États-Unis, constate Bruno Larue, les mesures protectionnistes qui touchent l’éthanol produit au Brésil — deuxième producteur mondial juste derrière les Américains — indiquent bien que la sécurité énergétique n’est pas la seule préoccupation en cause. Une telle politique a pour effet d’échanger un risque géopolitique pour un risque climatique parce que les aléas de la température peuvent créer d’importantes fluctuations dans la production annuelle de maïs et, conséquemment, d’éthanol. «Les stratégies pour atteindre les objectifs de sécurité énergétique devraient être revues», estime le directeur du Centre de recherche en économie agroalimentaire.
   
Par ailleurs, la filière éthanol n’est pas le pactole pour l’économie des régions. «Faire du développement régional en misant sur l’agriculture ne fonctionne pas très bien, souligne-t-il. C’est une activité peu intensive en ce qui a trait à la création d’emplois parce qu’elle est très mécanisée et qu’elle utilise de grandes superficies de territoire.» Les usines d’éthanol auraient aussi un impact modeste puisqu’elles emploieraient, en moyenne, une trentaine de personnes. La filière éthanol a toutefois produit les effets escomptés sur la richesse des producteurs agricoles. Le prix du maïs a suivi celui du pétrole, ce qui a eu des répercussions positives sur les revenus des producteurs et sur la valeur des terres. Aux États-Unis, la construction de nouvelles usines, qui va doubler la capacité de production d’éthanol, devrait accentuer ces retombées puisque les besoins en maïs seront encore plus grands.
   
Malgré ce bilan mitigé, Bruno Larue croit au potentiel des agrocarburants. «Il y a 20 ans, c’était un moyen d’aider l’agriculture. Encore aujourd’hui, sans aide gouvernementale, ce ne serait pas une filière énergétique viable. Mais considérant les enjeux environnementaux liés au réchauffement de la planète, c’est un investissement pour l’avenir et une option qui est préférable à l’inaction.»

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