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Des arbres migrateurs?

Le réchauffement climatique chambardera les cartes forestières et placera certaines espèces sur le gril

Par : Jean Hamann
En raison de sa faible diversité génétique et de la grosseur de ses fruits qui limite sa capacité de dissémination, le noyer cendré est l'une des espèces qui pourraient souffrir d'un réchauffement climatique rapide au Québec.
En raison de sa faible diversité génétique et de la grosseur de ses fruits qui limite sa capacité de dissémination, le noyer cendré est l'une des espèces qui pourraient souffrir d'un réchauffement climatique rapide au Québec.
Si les prévisions des modèles climatiques se concrétisent, les arbres ne disposeront que d’un siècle pour composer avec une poussée de température qui pourrait atteindre 5 degrés Celsius. Seront-ils en mesure de suivre le rythme d’enfer imposé par le réchauffement climatique? Certaines espèces risquent-elles de disparaître? Faut-il adopter des mesures pour assurer leur sauvegarde? «Il est grand temps que l’on se pose ces questions parce que les choses risquent de bouger très vite au cours des prochaines décennies», a prédit le professeur Jean Bousquet, du Département des sciences du bois et de la forêt, lors d’une conférence présentée le 2 avril devant les membres du Centre d’études de la forêt.
   
Selon ce spécialiste de la génétique forestière, des espèces comme l’épinette noire, l’épinette blanche et le pin gris devraient bien s’en tirer. «L’épinette noire, entre autres, a une diversité génétique élevée — plus grande que celle de l’humain en fait —, elle a une plasticité reproductive (elle se multiplie par graines ou par marcottage) et ses graines peuvent être transportées sur de longues distances par les grands vents, ce qui lui permettra de coloniser rapidement les nouveaux territoires qui s’ouvriront à elle plus au nord.»
   
Par contre, certains feuillus du sud du Québec, notamment les noyers, les chênes et les caryers risquent d’en arracher. «Ces espèces sont relativement rares et leur diversité génétique est beaucoup plus faible que celle de l’épinette noire. En plus, leur capacité migratoire est limitée parce qu’elles produisent de gros fruits, qu’elles dépendent des mammifères pour les disséminer et que leur habitat est morcelé.» Même si les températures qui leur conviennent se déplacent vers le nord, rien n’indique que ces espèces pourront y trouver les autres conditions nécessaires à leur bon développement. Par contre, si elles ne migrent pas, elles devront composer avec les espèces méridionales qui envahiront progressivement le sud du Québec. Sans compter les maladies fongiques qui prendront de la vigueur à la faveur de températures plus chaudes.
   
«Il faut déjà s’interroger sur les mesures à prendre advenant un scénario où nos espèces indigènes seraient menacées de disparition, estime Jean Bousquet. Faudra-t-il les aider en plantant des semis dans des refuges propices à leur croissance plus au nord ou les laisser à la merci des éléments? Faudra-t-il accueillir au Québec des espèces américaines qui ont perdu leur habitat et qui pourraient être considérées comme des réfugiées écologiques parce qu’elles font partie du patrimoine naturel universel? «Il y a des problèmes scientifiques et éthiques importants derrière ces questions, résume le professeur. C’est pourquoi il faut lancer le débat tout de suite et adopter une stratégie afin d’être prêt à agir si les problèmes surviennent.»

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