Recherche

Cyrille Barrette: le doute comme credo

Le dernier ouvrage du biologiste, Mystère sans magie – science, doute et vérité: notre seul espoir pour l'avenir, porte sur la vraie nature de la science. C’est aussi un traité sur la nature humaine.

Par : Jean Hamann
Cyrille Barrette a foi en une chose: il fait bon douter. Parce que le pire ennemi de la vérité est notre désir de croire et parce que la foi aveugle conduit à l'obscurantisme. À ses yeux, les mécréants, les sceptiques et les incrédules sont des personnes recommandables sous au moins un rapport. Son dernier ouvrage, Mystère sans magie – science, doute et vérité: notre seul espoir pour l'avenir, lancé cette semaine aux Éditions MultiMondes, se veut un livre sur la nature de la science. Dans les faits, c'est aussi – et peut-être surtout - un éloge du scepticisme, un réquisitoire contre l'endoctrinement religieux des enfants, une attaque contre la pensée molle de notre époque qui permet aux charlatans de prospérer et un appel à nous affranchir de notre crédulité enfantine pour trouver le merveilleux là où il se trouve vraiment, dans le coffre aux trésors des mystères du monde.

Connu sur la place publique comme pourfendeur de raëliens et de créationnistes scientifiques, Cyrille Barrette se défend d'entreprendre sa propre croisade – le mot le fait d'ailleurs tiquer – de prosélytisme scientifique. «La science n’est ni une idéologie, ni une doctrine, ni une religion. Ce n'est qu'une méthode, une façon de penser.» Il ne cache toutefois pas tout le bien qu'il en pense. «C'est la plus précieuse invention de la pensée humaine. Ceux qui lui font des reproches se trompent de cible. Ils en ont contre le scientisme, contre l'utilisation technologique qui est faite de la science ou contre les scientifiques eux-mêmes.»

Une vie humaine riche et pleine ne peut se suffire de la science, admet-il, mais le temps d'un livre, Cyrille Barrette revendique le droit de louanger la science sans se lancer dans un concours sur les mérites respectifs de la science, de la philosophie, de l'art ou de la foi. Pourtant, lorsqu'il aborde la question de la religion, il n'y va pas avec le dos de la patène. La vérité révélée, absolue et incontestable des religions fait mauvais ménage avec la vérité scientifique, soumise aux faits, en perpétuelle remise en question et dont le credo repose sur la conviction que nous pouvons comprendre le monde avec notre raison et que le surnaturel n'existe pas. Le bilan des religions est tellement négatif qu'il y a lieu de se demander «si on ne devrait pas s'abstenir d'enseigner une religion spécifique aux enfants de moins de 15 ans, comme on s'efforce de les mettre à l'abri du sexe, des loteries, du tabac et de l'alcool», écrit-il. «Je ne m'oppose pas à la foi ou à la religion en soi, mais je veux proclamer le droit de chaque enfant de conserver son cerveau à l'abri de l'infection par les dogmes, les convictions, les rites, les obligations et les interdits arbitraires d'une religion en particulier.»

La rationalité vend mal

L’ouvrage de Cyrille Barrette, qui vante les mérites de l'incrédulité, connaîtra à n'en point douter beaucoup moins de succès que le Guide d'astrologie 2007, pour la même raison qui fait que les gens croient au ciel, aux anges, à l'enfer, aux sciences occultes et à certaines médecines alternatives. «Nous sommes génétiquement prédisposés à croire, avance-t-il. C'est grâce à cette crédulité naturelle que le jeune enfant apprend de ses parents. Notre nature, c’est la crédulité, c’est l’imaginaire et c'est tout de suite. La rationalité ne sera jamais aussi vendeuse.»

Pour éviter que des intégristes religieux, des politiciens ou des charlatans n'utilisent ce penchant naturel à nos dépens, il faudrait pourtant que la pensée scientifique gagne du terrain, mais rien n'indique une quelconque embellie, bien au contraire. «Il est décevant de mesurer le peu de chemin parcouru depuis Cro-Magnon. Quand la compétitivité économique fait foi de tout et nous conduit à couper dans les musées, les zoos, des orchestres symphoniques et les universités, dans tout ce qui nous élève au-dessus de notre nature animale, nous nous comportons exactement comme des macaques.»

Malgré toutes ses vertus, la science n'a pas réponse à tout, reconnaît Cyrille Barrette. Des questions comme «Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?» laissent la science bouche bée parce qu'elles sont en dehors de son champ de compétences. «Pour les questions de morale et de sens ultime, il y a la spiritualité, la philosophie, la méditation. Pour tout le reste, il y a la science.» Ce qui n'est pas rien.

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

Demande d’information

Suivez nous!