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Crimes d'honneur

Sous des allures paisibles, la ville de Québec affichait un taux d’homicide très élevé au 19e siècle

Par : Renée Larochelle
Considérée aujourd’hui comme une des villes les plus sécuritaires en Amérique du Nord, Québec est un endroit paisible où le nombre d’homicides par année est très bas. Au 19e siècle, Québec était également perçue comme une ville tranquille. Mais la réalité criminelle s’avérait toutefois différente: le taux d’homicide par tranche de 100 000 habitants y était en effet plus élevé que ceux de grandes villes industrielles européennes comme Londres et Liverpool.  

C’est le surprenant constat que dresse David Vachon dans son mémoire de maîtrise en histoire intitulé «Don’t do that Jos!» Les homicides à Québec entre 1880 et 1930. «Don’t do that Jos» sont les derniers mots qu’a prononcés Brigitte Condon, 32 ans, avant d’être criblée de cinq balles de revolver par son mari, Joseph Herménégilde Cazes dans leur logement du quartier Saint-Roch, le 24 février 1900. L’épouse s’étant insurgée contre le fait que son mari soit allé boire à la taverne au lieu de rentrer à la maison, l’époux n’a pas supporté qu’on remette en question son autorité de chef de famille. Aux fins de sa recherche, David Vachon a effectué une fouille en règle des archives judiciaires ainsi que des rapports des coroners, en plus de passer en revue les journaux du temps, choisissant délibérément d’écarter les infanticides de même que les homicides accidentels.

Besoin d’argent et bain de sang
La plupart des 57 homicides recensés dans cette recherche sont liés aux disputes conjugales et à la consommation excessive d’alcool. Sans compter que beaucoup d’altercations entre buveurs se soldent carrément par un meurtre à la sortie des tavernes. On tue également par besoin d’argent: les tentatives de vol se terminant à plusieurs occasions dans un bain de sang. Comme les armes à feu sont en vente libre dans les magasins, il est très facile de se procurer une arme. «Ce sont des ouvriers âgés de 18 à 35 ans qui se trouvent en majorité dans la catégorie des tueurs, explique David Vachon. Les quartiers où le taux d’homicide est le plus élevé sont Saint-Roch, Saint-Sauveur, de même que l’endroit qui correspond actuellement au Vieux-Port. Les gens s’y entassent dans des logements étroits et vivent le plus souvent dans la pauvreté. Les disputes conjugales y sont très fréquentes.»

Fait étonnant, le changement ethnique entraîné par le départ de la garnison britannique en 1871 et celui des Irlandais partis chercher du travail ailleurs en raison de la baisse de l’industrie navale affectant la ville n’a pas amené une diminution du crime, comme ce fut le cas pour d’autres villes occidentales. En somme, une plus grande homogénéité dans la population n’a pas eu d’incidence sur le nombre d’homicides perpétrés. «Cette constatation vient détruire le mythe que la violence n’est que l’affaire des étrangers, souligne David Vachon. À Québec, le meurtrier est essentiellement un Canadien français qui tue surtout pour venger son honneur.»

 

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