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CPE: un effet pondérateur sur la préparation scolaire

Le temps passé en centre de la petite enfance aplanit l'influence du milieu familial sur le niveau de préparation scolaire des enfants

Par : Jean Hamann

Au moment de faire leur entrée à l'école, les enfants sont inégalement prêts à faire face à ce nouveau monde. La génétique de l'enfant, son milieu familial et ses expériences de vie à l'extérieur du foyer sont autant de facteurs qui modulent ce niveau de préparation. La fréquentation d'un centre de la petite enfance (CPE) peut-elle modifier l'influence de ces facteurs sur le degré de préparation scolaire? Oui, conclut une étude menée par une équipe interuniversitaire dirigée par Ginette Dionne, de l'École de psychologie de l'Université Laval.

Pour faire cette démonstration, les chercheurs du Groupe de recherche sur l'inadaptation psychosociale chez l'enfant ont fait appel à 648 paires de jumeaux. Quelques semaines avant leur entrée à l'école, les jeunes sujets ont été soumis au test Lollipop. Ce test, qui comporte des questions sur les couleurs et les formes, la description d'images, le positionnement d'objets dans l'espace, les lettres et les nombres, prédit avec justesse le rendement scolaire lors des premières années du primaire. Le score obtenu par chaque enfant a servi à établir son niveau de préparation scolaire.

L'étude a été menée auprès de 245 paires de jumeaux monozygotes — de «vrais» jumeaux partageant 100% de leurs gènes — et de 403 paires de jumeaux dizygotes — des «faux jumeaux» qui partagent en moyenne 50% de leur bagage génétique. Ces différences ont permis de départager l'influence des gènes et celle de l'environnement sur le niveau de préparation scolaire. Enfin, les chercheurs ont demandé aux mères de fournir des informations sur le temps total passé par leurs enfants dans un CPE entre 6 mois et 4 ans.

Une étude antérieure, à laquelle avaient participé Ginette Dionne et son collègue Michel Boivin, avait montré que l'environnement familial dans lequel un enfant grandit était le principal déterminant de son degré de préparation scolaire. Les analyses de la présente étude montrent que l'effet de l'environnement familial sur le degré de préparation scolaire diminue en fonction du nombre d'heures passées dans un CPE. «Le temps passé dans un CPE aplanit les différences de préparation scolaire qui sont attribuables à l'environnement familial, mais pas celles attribuables à la génétique», commente l'étudiant-chercheur Éloi Gagnon, premier auteur de l'étude.

Par ailleurs, l'âge au moment de l'entrée en CPE n'a pas d'influence en soi sur le degré de préparation scolaire. «C'est le temps total passé en CPE qui est le principal facteur. Nos résultats suggèrent, par exemple, que les enfants qui fréquentent un service de garde à plein temps entre 2 et 4 ans profiteront davantage de l'effet normalisateur de ce milieu que les enfants qui fréquentent un CPE à demi-temps entre 1 et 4 ans.»


« Nos résultats rappellent l'importance de favoriser l'accessibilité des programmes de garde de qualité, principalement pour les jeunes enfants provenant de familles vulnérables. »
Éloi Gagnon

Cela dit, un enfant qui ne fréquente pas un CPE peut être parfaitement prêt à faire son entrée à l'école, reconnaît Éloi Gagnon. La plupart des enfants qui ne fréquentent pas un CPE proviennent de familles qui leur fournissent un environnement stimulant qui les prépare bien à l'école, dit-il. Les autres enfants, qui grandissent dans des environnements familiaux où le développement des habiletés cognitives préscolaires n'est pas favorisé, sont ceux pour qui la fréquentation d'un CPE serait le plus profitable. «Nos résultats rappellent l'importance de favoriser l'accessibilité des programmes de garde de qualité, principalement pour les jeunes enfants provenant de familles vulnérables afin d'améliorer leur degré de préparation scolaire», conclut-il.

Cette étude, accessible sur le site de prépublication OSF Preprints, est signée par Eloi Gagnon, Catherine Mimeau, Bei Feng, Geneviève Morneau-Vaillancourt, Sophie Aubé et Ginette Dionne, de l'Université Laval, Mara Brendgen, de l'UQAM, et Frank Vitaro, de l'Université de Montréal.

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