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Court circuit

Des chercheurs du CIRRIS proposent des tests dynamiques pour déterminer si un athlète peut reprendre la compétition après une commotion cérébrale

Par : Jean Hamann
Les chercheurs Philippe Fait et  Bradford McFadyen ont testé les victimes de commotion cérébrale  dans un environnement simulant les gestes et les décisions qui doivent être prises dans le feu de l'action.
Les chercheurs Philippe Fait et Bradford McFadyen ont testé les victimes de commotion cérébrale dans un environnement simulant les gestes et les décisions qui doivent être prises dans le feu de l'action.
Le protocole utilisé pour déterminer si un athlète est prêt à retourner au jeu après une commotion cérébrale devrait inclure une évaluation de ses capacités locomotrices dans des conditions simulant la pratique de son sport. C’est la conclusion à laquelle arrive une équipe du Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale (CIRRIS) après avoir mis en lumière le fait qu’un joueur de hockey, qui avait obtenu une autorisation médicale pour revenir au jeu 9 jours après une commotion cérébrale, montrait encore un déficit de planification des mouvements et un déficit d’attention 30 jours après l’accident. Les chercheurs Philippe Fait, Bradford McFadyen et Jean-François Cantin, du CIRRIS et du Département de réadaptation, et Bonnie Swaine, de l’Université de Montréal, publient les détails de ce cas dans une récente édition de la revue scientifique Brain Injury.
   
C’est grâce à un concours de circonstances inattendu que les chercheurs ont pu soumettre ce joueur évoluant dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec à une série de tests avant et après une commotion cérébrale. En effet, sept mois avant que sa tête heurte durement la glace pendant un match, cet athlète avait participé, à titre de sujet normal (sans commotion), à une étude comparant des athlètes qui avaient eu une commotion à ceux qui n'en avaient jamais eu. Après avoir eu vent de la mésaventure de cet athlète, les chercheurs l'ont invité à refaire les mêmes tests 7 et 30 jours après son accident.

Présentement, l’autorisation de retour au jeu après une commotion cérébrale repose sur un examen médical du sujet qui ne doit plus afficher de symptômes de commotion lors de tests neuropsychologiques et après une réponse normale à la reprise graduelle de l'activité physique. Les chercheurs du CIRRIS ont eu l’idée de tester les victimes de commotion dans un environnement simulant les gestes et les décisions qui doivent être prises dans le feu de l'action. Ils ont donc demandé au joueur de hockey de parcourir à la marche un circuit de 9 mètres sur lequel ils ajoutaient à l’occasion un obstacle à contourner. À cette tâche physique s'ajoutait parfois une tâche mentale (interférence visuelle). Tout en se déplaçant, le sujet devait énoncer le plus rapidement possible la couleur d’un mot projeté brièvement sur un écran; ces mots — rouge, vert et bleu — étaient  d'une couleur qui ne correspondait pas toujours au mot (c'est-à-dire que le mot «rouge» pouvait être vert).

Résultat? Trente jours après la commotion, le sujet commettait en moyenne trois erreurs par test lors de la tâche d'interférence visuelle, alors qu'il n'en faisait aucune lors des tests avant la commotion, et sa vitesse maximale de marche demeurait inférieure à ce qu'elle était avant l'accident. De plus, la distance d'évitement de l'obstacle avait diminué. «Notre interprétation est que le sujet éprouvait encore un déficit de planification et d’attention un mois après son accident, résume Bradford McFadyen. Nous croyons qu'après une commotion cérébrale, il faudrait tester les athlètes dans un environnement dynamique avant d’autoriser leur retour à la compétition, même s'il n'y a plus de symptômes cliniques de la commotion et même si les résultats aux tests neuropsychologiques sont normaux.»
   
Aux États-Unis seulement, 300 000 commotions cérébrales liées à la pratique du sport surviennent chaque année. Environ 70 % des étudiants-athlètes universitaires qui subissent une commotion cérébrale reviennent au jeu après quatre jours de repos. Au football universitaire, lorsqu’un athlète subit une deuxième commotion dans une même saison, elle survient, règle générale, 7 à 10 jours seulement après la première. On croyait que ce court délai était attribuable à un état de fragilité du cerveau, mais les travaux des chercheurs du CIRRIS soulèvent une autre possibilité. «Comme les athlètes n'ont pas recouvré toutes leurs capacités de planification et d'attention, il se pourrait qu'ils prennent de mauvaises décisions qui les placent dans des situations où le risque de commotion est plus élevé», suggère le professeur McFadyen.

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