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Chute du mercure au Nunavik

Les taux sanguins de certains métaux toxiques sont en baisse chez les Inuits du Nord québécois, mais ils demeurent néanmoins préoccupants

Par : Jean Hamann
Les Inuits du Nunavik ingèrent moins de mercure, de plomb et de cadmium qu’il y a 15 ans. C’est ce que révèle une étude menée auprès de 917 personnes âgées de 18 et 74 ans que des chercheurs ont rencontrées en 2004 lors d’une tournée des villages du Nunavik effectuée à bord du navire de recherche Amundsen. Dans l’article qu’ils publient sur la question dans les pages d’un récent numéro d’Environmental Health, les chercheurs Julie Fontaine, Éric Dewailly, Daria Pereg et Pierre Ayotte, de la Faculté de médecine, et leurs collègues Jean-Louis Benedetti et Serge Déry, estiment que ces résultats sont «encourageants», même si une importante partie de la population affiche toujours des taux qui dépassent les limites sécuritaires définies par Santé Canada.
   
En comparant leurs données à celles provenant d’une étude effectuée en 1993, les chercheurs ont établi que le taux sanguin de mercure avait diminué de 32 %, un fait qu’ils attribuent aux changements survenus dans le régime alimentaire traditionnel inuit. En effet, les polluants disséminés dans l'environnement se concentrent d’un niveau à l’autre de la chaîne alimentaire marine ou terrestre. Le régime traditionnel des Inuits, composé notamment d’organismes marins comme le phoque et le béluga qui occupent le bout de cette chaîne, les expose à des concentrations particulièrement élevées de polluants. «Il y a quelques années, il y a eu une campagne pour sensibiliser les femmes enceintes à l’importance de remplacer les espèces contaminées par des espèces comme l'omble chevalier, moins contaminées, mais tout aussi riches en oméga-3, explique Éric Dewailly. Cette campagne semble avoir eu un impact dans toute la population.» Malgré cette baisse, le taux moyen de mercure est toujours 14 fois plus élevé dans cette population que dans celle du sud du Québec. De plus, 28 % des participants ont des taux de mercure qui dépassent le seuil sécuritaire.
   
Le plomb a aussi connu une baisse importante de 55 %. Les chercheurs l’attribuent au fait que les cartouches à grenailles de plomb sont moins courantes au Nunavik depuis l’entrée en vigueur, en 1999, du règlement en interdisant l’usage pour la chasse aux oiseaux migrateurs au Canada. Le plomb peut être inhalé sous forme de poussières après un coup de feu ou consommé par inadvertance avec la chair des animaux abattus. En dépit de la baisse observée, les concentrations sanguines de plomb sont encore deux fois plus élevées dans le nord que dans le sud du Québec, et 10 % des Inuits ont des taux qui dépassent la limite acceptable.

Fume, fume, fume
Enfin, le cadmium a diminué de 22 % dans la population du Nunavik, mais le tiers de la population affiche toujours des taux qui dépassent la norme sécuritaire. «Comme le cadmium s’accumule dans les reins et le foie des animaux, on croyait que la consommation d’abats de caribou pouvait être la source de ce métal, souligne le professeur Dewailly. Nos données montrent plutôt que cet apport est marginal par rapport à celui de la cigarette.» En effet, le tabac cultivé dans le sud de l’Ontario serait contaminé par le cadmium qu’émettent les usines de cette grande région industrielle. Les taux de cadmium mesurés par les chercheurs dans le sang des fumeurs étaient huit fois plus élevés que chez les non-fumeurs.
   
Au Nunavik, environ 75 % des adultes fument; ce taux atteint 85 % dans le groupe des 18 à 24 ans. «Le problème du tabagisme est présent partout dans l’Arctique et il semble assez clair que les campagnes d'information sur les méfaits de la cigarette, élaborées dans le Sud, ne donnent pas de bons résultats dans le Nord, commente Éric Dewailly. Il serait peut-être temps qu’on demande aux Inuits quelles solutions ils envisagent, eux, pour lutter contre le tabagisme.»

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