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Chronique d'un échec annoncé

L’histoire personnelle, sociale et scolaire d’un jeune est plus déterminante que son expérience collégiale pour prédire ses chances d’obtenir son diplôme d’études postsecondaires

Par : Renée Larochelle
Simon Larose, professeur à la Faculté des sciences de l'éducation: «Près de 65 % des jeunes garçons provenant d'un foyer monoparental, avec une mère jeune et peu scolarisée n'avaient pas encore diplômé à l'âge de 23 ans».
Simon Larose, professeur à la Faculté des sciences de l'éducation: «Près de 65 % des jeunes garçons provenant d'un foyer monoparental, avec une mère jeune et peu scolarisée n'avaient pas encore diplômé à l'âge de 23 ans».
Tout ne se joue pas avant 18 ans dans la vie mais il est toutefois possible de prédire la probabilité qu’un jeune obtienne ou non son diplôme d’études postsecondaires en se penchant sur ce qu’il a vécu dans son milieu familial et scolaire. Ainsi, plus un élève traîne une histoire chargée, marquée par un manque de discipline et d’encadrement des parents, un comportement agressif envers les autres enfants ou un faible rendement scolaire au primaire et au secondaire, pour ne citer que ces exemples, plus il risque de ne pas décrocher son diplôme d’études postsecondaires.  

C’est ce que révèlent les résultats d’une étude longitudinale dirigée par Simon Larose, professeur au Département d’études sur l’enseignement et l’apprentissage de la Faculté des sciences de l’éducation et membre du Groupe de Recherche sur l’Inadaptation Psychosociale de l’enfant (GRIP). Les autres chercheurs ayant collaboré à cette recherche dont les résultats ont été présentés en mai au congrès de l’ACFAS sont Stéphane Duchesne, Michel Boivin, Frank Vitaro et Richard E. Tremblay. «On parle souvent du décrochage au secondaire mais beaucoup moins de celui qu’on trouve au collégial, explique Simon Larose. Par exemple, en 2008, au Québec, les taux de non diplomation pour des jeunes inscrits à l’enseignement collégial étaient en moyenne, 15 ans après leur admission à l’école, de 25% au secteur préuniversitaire et de 37% au secteur technique.»

Scolarité et climat affectif
Aux fins de cette enquête qui a duré 17 ans, l’équipe a suivi 444 filles et garçons, de l’âge   de 6 ans à 23 ans. Les mères des enfants ont été interrogées sur leur propre niveau de scolarité, la structure familiale, le soutien et le contrôle comportemental exercés envers l’enfant à l’âge de 6 ans et le climat affectif régnant dans la famille. Les chercheurs ont ensuite rencontré les enseignants de maternelle à qui ils ont notamment demandé de noter le degré d’agressivité, de turbulence et d’anxiété des enfants, que ce soit en classe ou dans la cour de l’école. Le rendement scolaire en lecture, écriture et mathématiques des jeunes a aussi été évalué au primaire, de même que leurs résultats aux épreuves uniformes du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport en 4e et 5e secondaire. Quand les participants ont atteint l’âge de 18 ans,  les chercheurs se sont penchés sur leur degré d’intégration au collège. Étaient-ils à jour dans leurs travaux? Participaient-il s aux activités offertes par le collège? Ressentaient-ils un sentiment d’appartenance envers l’institution? Avaient-ils réussi leur 1ère session d’études? La dernière étape de la recherche a consisté à vérifier si les jeunes admis dans une institution postsecondaire avaient ou non obtenu un diplôme d’études postsecondaires à l’âge de 23 ans.
      
Bien que la qualité de l’expérience collégiale améliore les chances d’obtention du diplôme, ce sont les facteurs liés à l’histoire personnelle qui ont la plus forte incidence. « À titre d’exemple, près de 65 % des jeunes garçons provenant d’un foyer monoparental, avec une mère jeune et peu scolarisée n’avaient pas encore diplômé à l’âge de 23 ans, souligne Simon Larose. D’autres aspects étaient associés à un faible taux de diplomation: un degré d’agressivité élevé à la maternelle, un manque de discipline parentale et de pauvres résultats scolaires au primaire et au secondaire. Au collégial, les élèves qui affirmaient avoir de la difficulté à tisser des liens positifs avec leurs professeurs et aves les autres élèves obtenaient en moins grand nombre leur diplôme. Enfin, près de 40% de ceux qui avaient échoué un ou deux cours lors de leur 1ère session n’avaient pas obtenu leur diplôme.»

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